Le directeur de publication de L’Indépendant-Le Démocrate, Mamadou Dian Baldé a consacré sa chronique de ce  dimanche à la fermeté que continue d’afficher le gouvernement, dans la crise qui secoue le pays, depuis la hausse des prix des carburants, survenue  à la pompe. Les discours musclés du  Premier ministre Kassory Fofana ne faisant que raviver les tensions sociales. Cette chronique vous est  servie tous les dimanches sur City fm, en avant-première de l’émission « A vous de convaincre ».  

L’Afrique est aujourd’hui une véritable poudrière. Des conflits sanglants, ouverts ou latents, aux causes multidimensionnelles, tenaillent ou menacent le continent. Le peuple frère du Mali est martyrisé, depuis quelque temps, par des massacres intercommunautaires, à l’instar de beaucoup de peuples africains, victimes des violences de même acabit. Il se trouve que, très souvent, ces massacres sont secrétés, planifiés, voire encouragés par des forces occultes aux desseins inavouables. Certains de ces massacres sont perpétrés, le plus souvent par des organisations hors la loi, adeptes de l’extrémisme violent.

La crise sociale qui secoue la Guinée depuis le 1er juillet dernier à la suite de l’augmentation du prix du carburant à la pompe (de 8000FG le litre à 10000 FG) aurait pu être évitée. Plusieurs raisons m’amènent à le penser. 

La crise sociale aurait pu être évitable 

D’abord, la grève des enseignants entre novembre 2017 –mars 2018 avait perduré par le fait d’un déficit notoire de concertation responsable entre le gouvernement et les acteurs syndicaux. Ces derniers à l’époque plus préoccupés par des querelles de leadership cherchaient plutôt à régler leurs comptes et n’avaient pas favoriser l’esprit de conciliation. La conclusion de cette crise avait amené le Président de la République à consulter différents acteurs sociaux, économiques et politiques du pays pour initier une démarche qui mettrait le dialogue social et politique comme outil privilégié de la gestion des affaires publiques. Le gouvernement de M.Kassory Fofana, né au lendemain de cette crise aurait dû retenir la leçon. 

Ensuite, les négociations avec le FMI dans le cadre de la revue du programme de la facilité élargie de crédit (FEC) en avril dernier avaient fait ressortir l’indispensable nécessité « d’amélioration de la situation budgétaire de la Guinée pour préserver la stabilité et la viabilité à moyen terme ». La faible mobilisation des recettes et l’endettement du trésor public vis –à-vis de la BCRG avaient en effet accentué les déséquilibres budgétaires qui se s’étaient détériorés. Par conséquent la mission du Premier Ministre et celle de son gouvernement sont de rétablir les équilibres macro-économiques, de renforcer la mobilisation de recettes fiscales et de maîtriser les dépenses publiques tout en veillant à protéger les couches sociales les plus vulnérables du pays. La réalisation de ce vaste programme ne peut être envisagée sans une forte implication de l’ensemble des guinéens. Là aussi, la concertation avec les forces vives nationales est impérative. 

Enfin, devant les parlementaires lors de la présentation de sa politique générale le Premier Ministre a rappelé ses prérogatives constitutionnelles qui s’articulent entre autre sur le dialogue social et politique et la concertation inclusive avec l’ensemble des partenaires sociaux et politique. Les législateurs à juste raison, ne se sont pas trompés en inscrivant cette mission au niveau des responsabilités dédiées au Chef du gouvernement. En effet, les multiples tragédies qui ont jalonné l’histoire de la Guinée depuis 1958 militent vers la recherche et l’instauration d’un climat apaisé et serein afin de mobiliser tous les guinéens pour la construction du pays. 

Or, rien de tout cela n’a été mis en œuvre lors de l’augmentation du prix du carburant qui est tombée brutalement comme un couperet. La réaction de rejet a été par conséquent unanime. Depuis lors la Guinée fait face à une crise sociale de profonde portée. 

Que faire pour désamorcer la crise ? 

La fragilité de la Guinée dans une sous-région troublée est un risque d’instabilité majeure. Les revendications sociales sont légitimes car le taux de pauvreté s’est accentué ces dernières années. Après avoir enduré deux années durant l’épidémie de la fièvre hémorragique Ebola qui avait déstructuré l’économie nationale, la Guinée est depuis lors en convalescence.  L’état de crise de l’économie nationale tel qu’il est défini dans la présentation du PNDES (2016-2020) n’est pas en mesure de développer une capacité de résilience efficace. Par conséquent le gouvernement est confronté à un double impératif :

-Engager de sérieuses réformes structurelles afin de briser les rigidités de l’économie nationale qui ont toujours plombé le redressement national depuis plus de trois décennies.

-Soulager les souffrances d’une population dont la patience et le stoïcisme sont mis à rude épreuve. Les guinéens estiment que leurs plaintes ne sont pas suffisamment audibles par les cercles dirigeants d’où le déficit d’empathie à leurs égards de la part de ses élites. Ils en ont assez de la corruption qui ruine le pays et qui détruit toutes les espérances. Les jeunes de ce point de vue sont très en colère car leur avenir risque d’être hypothéqué s’il n’y a pas de mesures fortes pour éradiquer cette mauvaise gouvernance. 

Il faut rapidement rétablir la confiance, car il ne peut y avoir aucune issue heureuse sans une véritable concertation responsable et courageuse avec l’ensemble des représentants des forces sociales et politiques du pays pour définir un plan d’urgence de sortie de crise. Il reste bien entendu que ce plan devra concilier à la fois les mesures sociales indispensables et l’indispensable cohérence économique et financière. Toutes les institutions et les autorités morales du pays sont interpellées par cette sourde révolte qui s’exprime à travers les actions des forces sociales et syndicales. Nous n’avons pas le droit de rester figés et observer en silence une lente et profonde détérioration de la stabilité de notre pays. C’est un devoir de s’impliquer pour trouver les moyens les plus opportuns pour ramener le calme afin de donner une chance à de véritables négociations responsables. 

La Guinée peut sortir plus unie et plus forte des bouleversements sociaux actuels, en faisant face courageusement à ses problèmes qui ont été pendant longtemps étouffés ou totalement ignorés. La gravité de la situation recommande à tous, de privilégier les concertations constructives au détriment des querelles de positionnement politique qui sont suicidaires en ce moment ci. 

Le Président de la République, clé de voûte de nos institutions et garant en dernier ressort de la cohésion nationale doit aussi intervenir pendant qu’il est encore temps.

La nomination par Alpha Condé de Ibrahima Kassory Fofana, cet homme au passé sulfureux au poste de Premier ministre à mi-mandat de son pouvoir  non renouvelable au vu de la Constitution de notre pays sonne plus qu'un sondage d'opinion qu'une volonté politique visant à un vrai changement de cap.  D'ailleurs quelques jours après sa nomination, Alpha Condé lui a signifié sa mission première, l'assainissement de la ville de Conakry. Bref, un Premier Ministre-Éboueur.

Alors que les partis politiques de l’opposition, voir certains cadres du parti au pouvoir, prêchaient pour une CENI plus technique à l’avenir afin que les résultats électoraux ne souffrent de larges contestations, ils semblent avoir déçu une grande partie de l’opinion nationale en maintenant ce schéma de CENI politique, irritant une bonne partie des partis politiques de l’opposition en définissant des critères de représentativités qui ne sont profitables qu’à l’UFDG, L’UFR et le RPG-AEC.

Cette confusion m’amène d’emblée à une interrogation :

De Nouvelles Personnes à la place de ceux qui sont actuellement à la CENI nous garantit-il des élections professionnelles, transparentes, justes et acceptées de tous ?

Ma réponse est non, car l’expérience du passé nous rappelle que ceux qui semblent être décriés aujourd’hui par les politiques, avaient pourtant été choisis par ces mêmes partis sur la base de copinage comme aimait le rappeler un leader d’opinion de notre pays.

Certes, au fil du temps nos chers commissaires venus des partis politiques pour la plupart, avaient boudé leurs partis politiques au profit d’une certaine indépendance institutionnelle, et une mission républicaine, Ce qui mit en colère les patrons de leurs formations d’origine, qui jusque-là n’arrive pas à avaler cette pilule au point de demander à tout prix leur départ en faveur d’une loi sur la CENI, fraîchement votée par nos députés téléguidés. Mais ce messieurs et dames actuellement à la CENI ont tout de même accumulé de grosses expériences et expertises en matière de processus électorale. Certains sont même certifiés à l’internationale et partage cette expérience fièrement hors de nos frontières. Alors mettre des bleues à leur place, comme eux, l’ont été après l’équipe de Lounceny Camara à l’époque, consisterait juste à déplacer le problème, et non le résoudre.   

Existe-il une option médiane et raisonnable qui puisse contenter tout le monde ?

Oui, dans un climat politique marqué par d’interminables suspicion, et de velléités de tout bord, de frauder l’autre camps, le schéma raisonnable, fiable et viable à ce stade de notre processus électoral, serait de maintenir ces personnes-là à la CENI, les désaffiliés complètement de leurs partis politiques d’origine pour ceux qui le sont encore, codifier et consolider leur statut d’experts techniques électoraux, autonomes et indépendants de toute obédience politique.

Ainsi ne devant rendre compte qu’au peuple et fidèles à leurs serments de gérer le processus électoral en toute sincérité et indépendance, ces hommes et femmes déjà forts de bien d’années d’organisation des élections Présidentielles, Législatives, et maintenant communautaires feront mieux, c’est mon avis, que des nouveaux aspirant au privilèges de membres de la CENI.

Mamadou Oury DIALLO

Journaliste animateur au Groupe GanGan RTV       

Le directeur de publication de L’Indépendant-Le Démocrate, Mamadou Dian Baldé a consacré sa chronique de ce  dimanche à l’éviction de deux hauts cadres de l’administration publique pour des faits de corruption. Il faut toutefois faire preuve de prudence, et se demander si cette mesure considérée  comme un message fort envoyé par le Premier ministre, dans sa croisade annoncée contre la corruption, ira jusqu’au bout. Quand on sait le manque de volonté affiché par le président de la République dans l’éradication de ce fléau, depuis son avènement à la tête du pays, il y a de cela 8 ans. Cette chronique vous est  servie tous les dimanches sur City fm, en avant-première de l’émission « A vous de convaincre ». 

 Talibé Barry: Ce dimanche vous  abordez dans votre chronique le limogeage de deux dirigeants de structures étatiques, suite à des soupçons de détournement de fonds. Vous appelez toutefois à la prudence dans la lecture de ce qui est qualifiée de mesure « forte », et  qui émanerait du Premier ministre Dr Kassory Fofana?

 Mamadou Dian Baldé : Le limogeage de Sékou Camara et Paul Moussa Diawara, respectivement directeur général de l’Office guinéen des chargeurs (Ogc) et directeur général de l’Office guinéen de publicité (Ogp), est perçu au sein de l’opinion comme un signal fort envoyé par le Premier ministre Dr Ibrahima Kassory Fofana dans sa croisade contre les grilleurs d’arachide.

Une fois n’est pas coutume, l’enthousiasme provoqué par ce coup de balai, a été ressenti même au sein de l’opposition la plus radicale, dont le porte-parole Alhousseyni Makanéra s’est mué en harangueur de Kassory. Qui trouve en lui, un homme « intègre ».

On a donc vu suite à l’éviction de ces deux présumés prévaricateurs, les plus farouches détracteurs du régime tresser des couronnes de lauriers au Premier ministre.

Ça  en valait sans doute la peine, quand on sait que depuis l’élection d’Alpha Condé en 2010, des mesures fortes en matière de lutte  contre la corruption, il n’y en a pas eu. Le gouvernement  s’est juste contenté des effets d’annonce.

Il faut toutefois éviter de verser dans l’angélisme, en attendant de voir si le Premier ministre va s’attaquer bille en tête au fléau de corruption qui gangrène notre administration.

On se souvient que Kassory avait fait du combat contre la corruption, son argument de campagne, dans la course à la Primature.

Et comme il fallait s’y attendre, le passé sulfureux de l’homme avait aussitôt ressurgi. Ses détracteurs ont du coup  tenu à rappeler que le Premier ministre est loin d’être un parangon de vertu. Qu’il avait bel et bien lui aussi des cadavres dans son placard.

Il revient dorénavant au Premier ministre de démontrer le contraire de ces allégations. Lui dont la « métamorphose » pourrait être interprétée  comme un signe des temps.

Ainsi, ceux qui considèrent Sékou Camara et Paul Moussa Diawara comme n’étant que du menu fretin, qu’on a jeté en pâture à l’opinion publique, pourraient assoir leur conviction sur la volonté du nouveau gouvernement de nettoyer les écuries d’Augias.

Il s’agit là d’un pari risqué à prendre pour le Premier ministre, quand on sait que notre pays est tenu par une oligarchie de fait. Les dirigeants et leur entourage étant plus soucieux de protéger leur rente de situation que du sort de la population.

Le parti au pouvoir pas gêné aux entournures

Vous relevez aussi le fait  que le parti au pouvoir ne soit pas du tout gêné aux entournures, et a plutôt préférer  lâcher ses cadres mis en cause dans ces affaires sulfureuses ?

La désinvolture avec laquelle  les deux hauts commis de l’État disposaient des ressources publiques ne peut que susciter indignation et colère chez le contribuable guinéen. Et cela est une preuve éloquente que le gouvernement a du mal à bien  tenir les cordons de la bourse publique.

Et c’est vraiment dommage que l’argent public soit géré par des cadres qui n’ont pas  l’honnêteté chevillée au corps. Face à l’écho qu’a eu cette affaire au sein de l’opinion, le parti au pouvoir a pris ses distances avec les  deux directeurs qui ont désormais la tête dans la boue.

Le Rpg arc-en-ciel n’est donc pas gêné aux entournures, bien que ces cadres soient issus de ses rangs. La direction a d’ailleurs  profité de son assemblée générale pour se désolidariser des deux directeurs généraux évincés de leurs postes et poursuivis pour prévarication des deniers publics. Saloum Cissé, secrétaire général  du parti, a favorablement accueilli la mesure.

 «C’est une très bonne chose », a-t-il lâché, devant un parterre de journalistes, en marge de leur réunion hebdomadaire de  ce samedi.

Ajoutant dans la foulée que ‘’la direction nationale du parti apprécie à plus d’un titre l’acte du pouvoir central. Il faut que le contrôle soit vraiment effectif dans tous les secteurs’’, a souhaité ce baron de la majorité présidentielle

Par ce coup de pied de l’âne assené aux deux dirigeants de société, le parti au pouvoir vient de démontrer qu’il est sans état d’âme et ne s’embarrassera d’aucun scrupule, quand il est question de sacrifier même ses éléments les plus zélés. Pour ripoliner l’image du pouvoir exécutif.

Sékou Camara et Paul Moussa Diawara sont aujourd’hui honnis et bannis au Rpg, dont la direction a embouché la même trompette que l’opinion nationale dans son ensemble pour crier haro sur eux.

A eux  donc de se dépêtrer de ce merdier dans lequel ils se sont foutus, par leur cupidité. Sans perdre pour autant  de vue que Sékou et Paul Moussa bénéficient pour le moment de la présomption d’innocence.

Le baiser de judas de Kassory à Cellou ?

Pour terminer Mamadou Dian, vous  vous demandez si le  chef de file de l’opposition ne se laissera pas  prendre par les sentiments d’amitié qui le lient vraisemblablement au  Dr Kassory Fofana, pour se faire entortiller? 

Le Premier ministre a dès sa prise de fonction, entamé une série de visites dans les institutions républicaines et dans les sièges des partis politiques. Une manière pour Kassory Fofana de gagner certainement la confiance de ces structures.

C’est ainsi que le lundi 4 juin il s’est rendu au quartier général de l’Union des forces démocratiques de Guinée (Ufdg), où il a été reçu par Cellou Dalein Diallo. Après des échanges de poignées de main et d’accolades, Cellou et son hôte ont eu des discussions sur la nature de la  collaboration que le Premier ministre souhaiterait avoir avec l’opposition.

Il a mis la rencontre à profit pour demander au président de l’Ufdg de lui faire parvenir un mémorandum relatif aux revendications de l’opposition républicaine.

Mais quand on sait que le pouvoir exécutif ne manque pas d’habiles tours de passes passes, pour se soustraire de ses engagements, rien ne garantit pour le moment que le nouveau Premier ministre ferra bouger les lignes dans la résolution de la crise post-électorale.

On peut même qualifier la situation de bouteille à l’encre. Avec Kassory Fofana, on peut bien craindre que le chef de file de l’opposition ne se laisse guider par ses émotions, dans ses rapports avec l’exécutif. Et au cas où Dr Kassory s’inscrivait dans la même logique que le locataire du palais Sékhoutouréa,  alors Cellou Dalein risque de se faire de nouveau entortiller.

Même si son discours de ce samedi, appelant à la remobilisation de ses troupes, semble indiquer pour le moment que l’homme est encore sur ses gardes.tion : Entre angélisme et prudence.

Chronique de Mamadou Dian Baldé

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