Mamadou Aliou Barry est un activiste des droits de l'homme. Dans un entretien accordé à notre rédaction, il revient sur la sortie médiatique de Elhadj Sékhouna Soumah, à l'occasion de sa visite à la coordination mandingue.  Le président de l’Observatoire de la démocratie et de droit de l’homme (ONDH),  géo politologue et spécialiste des questions de défense et de sécurité en Afrique, a également évoqué la question Toumba Diakité. Interview

Comment analysez-vous cette sortie d’Elhadj Sékhouna, le Kountigui de la Basse Côte?

Cette sortie ne m’étonne pas connaissant un peu le pays. Il faut se promener pendant des années   en Guinée pour trouver une personne sage. C’est quand même extraordinaire, une personne qui se réclame d’une telle sagesse qui est d’un tel âge qui fait une telle sortie, moi ce qui me surprend, c’est le silence des organisations de droit de l’homme.  Je crois que ce monsieur  (Elhadj Sékhouna) a des problèmes soit des problèmes mentaux ou encore je ne sais pas en tout cas. Il a des soucis de santé. Je crois qu’il doit consulter un médecin. Parce que quelqu’un qui se réclame d’une telle sagesse de représenter une région toute entière, faire une sortie de telle sorte, je pense que vraiment, c’est quand même extraordinaire. C’est en Guinée seulement qu’on peut voir ça.

Est-ce qu’aussi, ce n’est la faute aux autorités? 

Mais dans un pays où le citoyen ne croit pas à la justice où vous avez beaucoup des faits divers ou les citoyens eux-mêmes se rendent justice. Quand un tel Monsieur sort et dit il faut que les gens se rendent justice, je présume un parti politique, c’est écrit dans la constitution, la liberté de manifester. Donc, s’il y a une manifestation, d’abord, il joue sur deux tableaux. D'abord, il pousse les citoyens guinéens à se rendre justice. Il nage et baigne dans l’ethnocentrisme. c'est-à-dire, il considère que Conakry, c’est une ville de la Basse Guinée.

Je pense que,  jusqu’à la preuve  de contraire et on m’a toujours appris à l’école que, Conakry, c’est la capitale de la Guinée et la Guinée, c’est un pays ce n’est pas la Basse Guinée. Donc Elhadj Sékhouna, à mon avis, doit être, je ne sais pas. Je ne peux pas expliquer autrement cette sortie.

Quelle doit être la réaction des autorités par rapport à cette sortie ?

Alors, le ministre de la Justice doit monter au créneau pour rappeler à l’ordre. C’est un citoyen avant tout qu’il soit Kountigui ou je ne sais pas quoi ? Parce que dans ce pays, chacun est roi dans son fief. Le problème de la Guinée, c’est que tout est politique. C'est-à-dire chacun se lève le matin et se considère un acteur ou un leader politique. On a mélangé la sagesse, la tradition, la représentation régionale à la politique.

Depuis que suis en Guinée,  Elhadj Sékhouna navigue vers le courant politique au grès du vent. C'est-à-dire, il y a quelqu’un tant, il était pro Conté, il était un des fervents défenseurs du PUP. Il est parti à l’UFDG, il est venu au RPG. A mon avis, j’ai pitié même pour ses enfants ou ses petits enfants qui vont regarder ce Monsieur dans ses agissements. Je vois mal quel est le message de sagesse ou de l’éducation qu’il transmet à ses enfants.

Ce Monsieur devait rester au niveau ou l’aîné de la coordination de son village s’occuper les problèmes de son village au lieu de surgir comme ça dans l’arène politique avec une sortie catastrophique dans un pays fragile. Il devait participer à la cohésion sociale au lieu de s’embarquer dans des sorties qui vont plutôt fragiliser encore plus le tissu social.

Certains pensent qu’il est temps de voir comment ces coordinations fonctionnent, comment elles s’organisent pour éviter le malheur à la Guinée. Est-ce c'est votre avis?

Là, vous soulevez un problème, celui de l’organisation de l’administration guinéenne et celui de l’organisation de l’Etat. Exemple,  C’est comme exactement la ligue Islamique normalement on devait la supprimer. Dans la constitution guinéenne, c’est marqué,  c’est un Etat laïc. Donc, ces coordinations devaient être dans un rôle social, dans un rôle uniquement de préservation de tradition, de préservation de la cohésion sociale dans leurs zones respectives. Mais aujourd’hui, les coordinations jouent un rôle politique imminent  plus que même les partis politiques. Donc, il y a un mélange de genre mais tout ça là, c’est la faute de l’Etat qui n’a pas fixé les règles de création.

Aujourd’hui si vous allez au ministère de l’Administration et du Territoire, le nombre de coordinations, le nombre d’association régionales, le nombre d’association villageoises. Et toutes ces associations font de la politique. On n’a pas balisé réellement le rôle de ces coordinations. Une coordination n’a pas à vocation à parler de politique. Elle est là pour là promouvoir de la culture, la tradition, les coutumes de la région respective, mais aujourd’hui malheureusement, elle est  dans un contexte d’ethnocentrisme de fragilisation du pays.

Je pense que le président de la République a aussi joué sur ce terrain là, quand il a dit il faut nommer un premier ministre Soussou. Quand il faut nommer des cadres, il faut aller demander ou il y a l’appui. Tout le monde sait aujourd’hui en Guinée, certains font des forcings quand il y a un remaniement et tout. Depuis Sékou Touré jusqu’à maintenant, on a donné un rôle à ces coordinations là qu’elles ne devaient pas avoir.

Un mot sur cette recrudescence d’insécurité surtout le grand banditisme à l’intérieur du pays, on n’a vu à Télémilé ces grands bandits qui ont attaqué une boutique avec des armes que certains qualifient de très, très lourdes ?

Quand j’entends ça, j’ai vraiment froid au dos, et puis j’ai mal au cœur, parce que c’est l’exemple même de l’échec de la reforme du secteur du sécurité. En Guinée, les gens ont peur de le dire. , Aujourd’hui, après 6 ans de cette reforme, on s’aperçoit que c’est un échec total. Et là, je suis tout à fait en accord avec le Président de la république quand il pose le problème à Paris sur les accords de coopérations, il faut laisser aux Africains ça. Je l’ai écrit dans mon livre en 1997 sur la prévention des conflits en Afrique de l’Ouest. Malheureusement, il n’est pas en adéquation entre sa parole et ses actes.

Aujourd’hui cette reforme du secteur de sécurité a été porté par les Etats. Aujourd’hui, c’est un Canadien qui est à la présidence qui parle de reforme du secteur de sécurité qui ne connait pas grand chose sur les problèmes sécuritaires de la Guinée. On a aujourd’hui des gens comme le général Facinet Touré qui sont à l’origine de la création de l’armée guinéenne. On pouvait mettre une équipe au tour du général Facinet Touré qui connaît bien le secteur avec des officiers guinéens qui sont bien formés et réfléchir sur le problème de la sécurité en Guinée.

Mais qu’est ce qu’on a fait ? On a pris l’argent des Nations Unies, la RSS, elle n’a fonctionné nulle part en Afrique. Ça je mets n’importe qui au défi, de me dire dans quel pays d’Afrique une reforme du secteur de sécurité a fonctionné.

Et Pourquoi ça ne marche pas ?

Parce que c’est de schémas inventés à New-York ou à Washington et puis on vient les calquer dans ce pays  avec des experts étrangers qui ne connaissent rien. Le problème de la Guinée, c’est quoi ? C’est simple. La reforme doit poser une question très simple. Une armée pour quel format? Pour quelle finalité ? On a besoin de quel format de l’armée guinéenne et pour quelle finalité ? Ce qui se passe aujourd’hui à Télémilé, c’est l’exemple même de l’échec du système de sécurité en Guinée. Et on parle de politique de défense nationale. On envoie des experts pour réfléchir à la politique de défense nationale, mais le Président dit non, il faut que l’Afrique coupe le cordon ombilical.

Deuxième exemple, Tony Blair qui  était impliqué dans l’intervention de la Libye qui est venu s’expliquer devant le parlement anglais, ce Monsieur si la Justice Internationale fonctionnait il devait aller en prison. Mais qu’est-ce que ce Monsieur fait ? Il quitte le bureau du Premier ministre, il crée une ONG  fantôme qu’on appelle : African Gouvernance Initiative (AGI). Il vient proposer à la Guinée avec l’accord du Président des conseils sur la Gouvernance, mais quelle gouvernance il peut conseiller en Guinée ? Il y a des cadres valables dans ce pays. Donc si on dit, il faut couper le cordon ombilical, il faut commencer par les actes qu’on pose ici, je suis tout à fait d’accord avec le Président je l’ai écrit depuis longtemps qu’il faut réviser les accords de coopérations, qu’il faut supprimer les accords de défense avec l’ancienne puissance coloniale mais quand on regarde au tour de la présidence, sur le plan de la santé tout le monde voit l’arrivée de Bernard Kouchner à Conakry. Kouchner n’est pas Guinéen. C’est facile de dire, on coupe le cordon, mais encore faut il que lui-même, il mette en adéquation sa parole avec ses actes.

Les élections communales ?

Actuellement, je suis trop absent de la Guinée comme vous le constatez. Là, d’ailleurs je suis en mission en Guinée sur l’environnement et l’exploitation de la bauxite en même temps j’ai finalisé un ouvrage qui va sortir en cours d’année sur mon parcours personnel. C’est un livre qui sera dédié à la Jeunesse Africaine.

De l’extérieur, quand on voit le jeu politique en Guinée, les gens se marrent. Depuis 2010, on essaye d’organiser des élections en Guinée, alors un coup chez Way Mark, on n’est pas d’accord, un autre coup c’est le code électoral qui a disparu, c’est un jeu d’enfant où on ne se croirait pas franchement si ce n’était pas dans un pays comme la Guinée. On se dirait, c’est un film de science fiction.

Pour être plus sérieux, je pense que tous les acteurs politiques c'est-à-dire mouvance et opposition confondu, c’est ma lecture personnelle. Je pense qu’ils ne sont pas prêts pour les élections communales. Et je ne pense pas qu’il y aura des élections communales cette année en Guinée, pour des raisons très simples. Je m’explique : depuis en 2010, on part d’élection en élection. 2017, normalement les élections communales, si vous regardez le calendrier 2018 , les élections législatives. Il y a une des élections où des candidatures indépendantes sont autorisées ; c’est les élections communales. Imaginez aujourd’hui, la Guinée est traversée exactement comme ce qui se passe en France ou dans les autres pays. C’est le désenchantement,  c'est-à-dire le citoyen n’a plus confiance, c’est la perte de vitesse des partis classiques.

Aujourd’hui, en Guinée, quand vous discutez avec le citoyen, nombreux sont ceux qui disent qu’ils en ont marre de l’UFDG,  du RPG. Alors dans cette élection, il est autorisé des candidatures indépendantes. Imaginez un citoyen indépendant qui a de l’envergure, qui a de la poigne se présente à Ratoma qu’il gagne la Commune de Ratoma. Ça c’est ma lecture hein ! Ni le RPG ni l’UFDG ne sont favorables à des candidatures indépendantes quand vous les interrogez. Je ne dis pas publiquement ils vont vous le dire mais ils n’ont aucun intérêt d’ailleurs.

Pourquoi ?

Mais Imaginez si les indépendants propulsent à Ratoma ou à Matoto et que l’année prochaine, ils se présentent aux législatives et surtout en 2020. Et puis, c’est quelque chose de nouveau. Les gens disent il est indépendant, c’est quelqu’un de cohérent ainsi de suite. On assiste aujourd’hui comme tout ce qui se passe dans les autres pays. C’est la mort des partis classiques, là les gens sont fatigués.

Le deuxième point ; c’est de problèmes de ressources financières, est ce que la Guinée va passer son temps à organiser des communales. Donc cette année on ne fera rien. (Ndlr) On va passer jusqu’en 2018, vous êtes à 2 ans de la présidentielle et si vous rajoutez à cela le président de la république qui est un politicien très fin. Il a mis sur la table quelque chose qui préoccupe toute la population guinéenne et personne ne s’intéresse sur l’histoire du troisième mandat. Moi, je dis chapeau à Monsieur le président de la république parce que c’est vraiment un fin politique. (Lire la suite après)

 

Récemment, le président de la Ligue guinéenne de football professionnel, Antonio Souaré était l'invité de la radio privée Lynx FM. Il a évoqué plusieurs sujets avec les animateurs de cette émission notamment la CAN 2023, les préparatifs et la présidence de la FEGUIFOOT. Lisez!

On parlait de la CAN, dites-nous quels sont les critères qui ont prévalu pour le choix, pour composer les 11 Commissions de cette CAN ?

Si vous me posez cette question, je ne suis pas en mesure de vous répondre  parce que nous sommes dans un pays où il y a des observateurs, des intellectuels, des hommes de culture, des connaissances et je ne peux pas vous répondre parce que je ne suis pas le décisionnaire. Moi, je suis un homme privé.

 Je travaille. Mes sociétés sont privées et moi-même, je suis privé. En Fonction de ma profession d’ingénieur télécom, je travaille sur ce côté-là.

Les critères, d’autres personnes peuvent les répondre. Je pense à mon humble avis que ceux qui ont été choisis, c’est en fonction de leurs  parcours, de leurs passés. Ce qu’ils ont déjà fait, ce qu’ils sont capables de faire, c’est une marque de confiance. Vous n’allez pas tomber du ciel pour être pris comme ça. S’ils savent que vous ne pouvez rien faire, vous n’allez pas être choisis. Donc, c’est comme vous, c’est comme nous ! Quand il y a eu le choix, on se réjouit du choix, de la confiance placée en nous. Mais moi, je ne pourrai pas vous dire les critères.

L’un des gros problèmes en Guinée, c’est le problème de suivi et d’évaluation. Dans ce cas, l’organisation de la Coupe d’Afrique demande beaucoup de moyens.  Alors quelles sont les forces sur lesquelles vous allez vous appuyer pour faire en sorte qu’il y ait un suivi dans l’exécution des travaux qui vont prévaloir ?

Vous savez les projets, il faut donner aux professionnels, à ceux qui savent le faire et  qui ont le savoir-faire. Pour ce projet-là, dès mon premier jour, j’ai dit, moi,  j’ai eu l’avantage  de suivre des projets réalisés dans beaucoup de pays. J’ai été témoin de la réalisation dans beaucoup de pays, étant un membre  d’une commission importante de la Confédération Africaine de Football.

Donc, je vous dis que le football, c’est un vecteur de développement. Tous les secteurs, aucun secteur n’est épargné. Tous les secteurs sont intéressés. C’est un mouvement d’ensemble, nous devons partir d’un point A à un point B. C'est-à-dire les gens sont focalisés sur le stade. Mais ce n’est pas le stade qui organise la Coupe d’Afrique des Nations.

Vous avez les communications, les communications sont immenses. Il ne faut pas que  les gens pensent que c’est les téléphones. Non ! Il y’a les routes, il y a les chemins de fer, la voie aérienne, il y a aussi la voie maritime.

 Ensuite quand vous transportez les gens, il faut les héberger. Là, ce sont les hôtels. Deuxièmement, c’est la sécurité. Pour sécuriser la vie des personnes qui se déplacent, il faut de la lumière, il faut un hôpital moderne, il faut un hôpital doté d’un centre de dialyse. Tous ces mouvements de tourisme, d’habitats, de travaux publics, de télécommunications, d’adduction d’eau, parce que c’est lié. La SEG aura un travail immense à faire. Si vous manquez d’électricité, mais vous ne pouvez pas accepter de manquer de l’eau, mais ça dépendra de la capacité managériale de ceux qui sont là, voilà! Nous travaillerons dans ce sens.

Mettez ça dans votre tête, que nous, on peut faire quelque chose de fiable. Parce que nous sommes des privés. On a aucune une pression, on a la volonté politique derrière, on posera le problème et notre force sera quoi ? C’est la communication.

On fera le point avec la presse à tout moment pour savoir où on a commencé, où nous sommes, où nous devons partir, qu’est-ce qui reste à faire, nous ferons tout.

J’étais avec Shanghai construction qui m’a dit ceci: "président, regardez dans toute l’Afrique, c’est nous qui avons construit les stades, en tout cas la plupart. Même à Libreville, là où la compétition  doit commencer dans une semaine, nous, on fait un stade en 24 mois ; deux ans seulement". Et nous en Guinée ici, nous  avons cinq ans devant nous. Il ne faut pas considérer la sixième année.

Il faut que la Guinée soit capable d’organiser après les travaux une CAN junior, avant la vraie CAN, pour tester: soit la CAN des cadets, soit celle féminine, soit  celle des juniors. Il faut qu’on puisse organiser l’une de ces trois compétions à un an ou à un an et demi de la grande compétition. En ce moment, ça va nous mettre à l’abri des erreurs et des fautes qui pourraient arriver en 2023, pour pouvoir les corriger à temps.

Il  faut noter que l’organisation d’une compétition comme la CAN est beaucoup plus compliquée. Il faut le faire sans faute, il faut que les gens soient transférés à un moment précis, surtout, il faut tenir en compte la sécurité des stades, la sécurité des personnes et des biens. Voilà un ensemble de tout qu’il faut gérer.

Je vous assure que nous allons travailler d'arrache-pied en mettant en place des hommes qui peuvent le faire. On va commencer par mettre en place un comité d’organisation pour la bonne réussite de cette organisation. Vous verrez puisque nous avons une volonté politique donc nous réussirons.

Il y a une Ligue qui a été créée l’année dernière. Quelles sont les nouveautés apportées pour cette saison 2016-2017 ?

Vous savez, on a créé la Ligue dans les conditions difficiles l’année dernière, parce que ça n’a pas été préparé par la fédération. Il n’y a pas de budget. Il y a un an, il faut que vous le sachiez que c’est un homme (Antonio Souaré, ndlr), un seul qui a pris ça sur ses épaules qui a financé tous les clubs, financé tout le championnat. Et que le championnat a commencé à temps et terminé à temps, avant beaucoup de pays de la sous-région. Nous avons été très fiers de ça.

Vous avez vu comment le championnat s’est passé. Les nouveautés de cette année, c’est quoi ? Normalement, on s’attend à une élection. Il faut faire l’élection pour finir pour de bon. Et, il est dit que quand vous acceptez d’être professionnel,  il faut vous soumettre à la loi et au règlement. Tous les clubs sont enregistrés en société: soit personnelle, unipersonnelle soit en SARL, soit en S.A parce que c’est une société commerciale.

Quand vous êtes professionnel,  vous le faites à but lucratif. Il faut qu’ils le comprennent.  Ce n’est pas le national, ce n’est pas l’amateur, je l’ai toujours dit quand vous êtes professionnel c’est que vous l’avez fait à but lucratif. Donc vous devez pouvoir vous enregistrer  parce que dans le nouveau règlement de la FIFA et de la CAF, il faut que vous soyez enregistré. Il faut que vous soyez listé parce que vous allez faire le transfert, vous allez faire le mouvement.

Tous ces jeux sont gérés par la FIFA. Et pour que vous soyez dans les normes, il faut que vous remplissiez toutes ces conditions-là. Cela ne voudrait pas dire que vous ne pouvez pas jouer  le championnat guinéen. Imaginez, aujourd’hui un club qui n’a pas fait les formalités qui soit demain champion de Guinée mais ce club ne pourra pas représenter le pays en compétition internationale parce qu’il ne remplit pas toutes les conditions pour jouer sur le plan international, seulement sur le plan national. Donc cette nouveauté-là, aujourd’hui, il faut mettre toutes ces structures en place.

L’année dernière, on a joué le niveau le plus bas. Donc, il faut élever le niveau pour que l’année prochaine, qu’on puisse être au niveau supérieur. L’année dernière, on a joué que sur la ligue I et la ligue II. Aujourd’hui,  notre colonne vertébrale de football n’existe pas. Vous jouez au sommet mais vous n’avez pas de base. Si vous n’avez pas de base, comment allez-vous progresser? Donc, aujourd’hui, il faut mettre le CFA en place, c'est-à-dire les centres de formations académiques qui vont donner aux amateurs c'est-à-dire ligue I et ligue II, la capacité de compétir honorablement et intégralement en ligue I et II. Voilà il y a tellement des nouveautés qu’on a apportées cette année, et vous verrez avec l’évolution du championnat.

Nous avons appris que le professionnel du monde du sport  souhaiterait que vous soyez le président de la féguifoot mais il y en a qui disent que vous hésitez. Alors pourquoi hésiterez-vous si vous êtes un homme du sérail?

Ecoutez, ça  n’a pas commencé aujourd’hui. C'est une grande confiance, c’est très bien, quand tout le monde se mobilise pour vous donner une responsabilité majeure dans cette profession vraiment, c’est bien. Je les remercie sincèrement, ça me va droit au cœur. Je me sens grandi et responsabilisé.

Je n’hésite pas ! Vous savez il y a deux ans, qu’on m’a demandé ça. J’ai décliné. Pourquoi ? Je vous dis la cause aujourd’hui. Lorsqu’ils sont venus me voir, il y a deux ans pour me proposer la présidence de la Fédération Guinéenne de Football, je leur ai dit non ! Je ne veux pas être président maintenant. Ils m’ont demandé pourquoi ? J’ai dit écoutez-moi, j’ai des grands chantiers. J’ai deux chantiers qui me tiennent à cœur et qui demandent beaucoup d’argent. Il y a le grand centre de YOROKOGUIYA où nous avons plusieurs terrains, nous avons un hôtel de grande dimension à construire, une école de foot, un restaurant. Ensuite nous avons des routes et des ponts à faire et un palais des sports à faire pour la jeunesse guinéenne.

En médias, nous sommes en train de faire une télévision numérique HT et une Radio HT qui demandent beaucoup d’argent. Je leur ai dit ça. Je n’ai pas manqué de leur dire  que je connais la mentalité des Guinéens qui ne change pas. Si aujourd’hui j’accepte d’être le président de la fédération Guinéenne de Football, dans deux ans, quand vous allez voir mon centre, ma radio, ma télévision, vous allez dire que c’est l’argent de la fédération qu’il a pris pour construire. Il n’avait pas ses moyens. Je leur ai dit laissez-moi d’abord suivre mon élan.

Ensuite, je leur ai dit que si je vous dis que je n’aime pas le football, je vous ai menti. Si je vous dis que ne veux pas progresser dans le football, être hissé au plus haut sommet, là je vous ai menti. Je leur ai dit de me laisser faire comprendre aux Guinéens qui ne me connaissent pas que c’est mon propre argent que j’utilise, mon propre argent.

Aujourd’hui, Dieu merci ! Ce centre est là. Tout le  monde entier a vu. Il n’y a pas encore une semaine la FIFA était là. Voilà ce qu’ils mon dit: "Monsieur le président, ce n’est pas un centre  que vous avez construit  mais plutôt un empire pour cette génération et la postérité". Et quand Canal + est venu voir l’installation de notre radiotélévision, ils nous ont dit ‘’ Monsieur le président, vous avez des matériels que même Canal n’en a pas’’. On a Lobi Vane ici. Lobi Vane est un studio mobile qui reporte n’importe quel match aujourd’hui de la coupe du monde jusqu’au match du quartier avec tous les systèmes de replay avec toutes les caméras.

Vous voyez ! Donc si je ne m’étais pas donné le temps dans ces deux dernières années pour réaliser cela, vous connaissez la mentalité de nos frères. Aujourd’hui, ça allait être l’objet de débats et discussions  partout en Guinée, dans les radios, dans les télévisions et même dans les cafés. On allait dire que j’ai détouré l’argent de la féguifoot. Mais aujourd’hui,  Dieu merci ! Je suis prêt.

Antonio Souaré prêt à briguer la Fédération Guinéenne de Football ?

Attendez ! J’ai tout ça derrière moi. C’est une fierté pour la Guinée. Je mets ça  à la disposition de la Guinée, de la sous-région et de toute l’Afrique, parce que c’est l’un des plus grands centres aujourd’hui en Afrique. On a voulu créer une destination africaine qui est la destination Guinée, en matière de médias et de football.

Maintenant que vous avez tout : le centre, la télé et la radio. Si maintenant on vous demandait d’être le président de la FEGUIFOOT, est-ce que vous allez l’accepter ?

Comme on me fait confiance, toute la Guinée a confiance en moi, les Guinéens ont su comprendre de quoi je suis capable. J’ai eu l’estime et la confiance du Chef de l’Etat pour me confier le plus grand sentier de la Guinée qui est le COCAN par rapport à la fédération, qu’est-ce que je peux dire. Quand je dis que je le suis, ça veut dire que je ne pourrai pas le refuser.

Donnez-nous l’exclusivité: « Moi Antonio Souaré, je suis candidat à la tête de la Fédération Guinéenne de Football »

Je préfère que ceux qui me l’ont demandé, le disent parce qu'eux et moi, on a déjà parlé. Ils vont vous le dire. Je suis prêt là où je suis assis à servir le football  guinéen pour l’honneur du football guinéen.

Si vous êtes le président de la fédération, quels sont les sentiers auxquels vous donnerez la priorité ?

Je vous garantis, si je viens à la tête de la Fédération Guinéenne de Football, je serai là pour servir le football pas pour me servir du football. Je le ferai avec beaucoup de passion et de professionnalisme. Nous allons tuer l’amateurisme, car c’est l’amateurisme qui a gangrené notre football. Il est temps que notre football se débarrasse du clientélisme, qu’on se débarrasse de ceux qui viennent pour se servir du football, qui ne font pas les comptes rendus, qui ne font pas de réunions.

Une synthèse d’Alpha Amadou Diallo       

 

                 

Ahmed Kourouma, ancien membre de l’Union pour le Peuple de Guinée - UPG- a une lecture très critique de la situation sociopolitique actuelle de la Guinée. Dans cet entretien qu’il a accordé à votre hebdomadaire, le jeune leader a déploré la mal gouvernance qui sévit dans le pays. Pour lui, la coopération chinoise dans le secteur minier est malheureuse pour la Guinée.

Vous venez de quitter le navire UPG. Quelles sont les raisons de votre départ?

Il y a eu des divergences. Je suis un homme politique neuf qui a des idées, qui a des convictions, qui crois en cette devise, qui est celle de beaucoup de pays démocratique en Afrique. Ce que nous sommes une nation, une et indivisible. Donc, à l’intérieur de cette nation, il y a des individus, il n’y a pas d’ethnie pour moi. Et à l’intérieur de ce pays, il y a des gens compétents et notamment des jeunes universitaires que j’ai rencontrés. Je trouve que lorsque l’on prêche l’ouverture, le renouvellement des générations, cela doit se faire au sein de son parti.

Alors c’était ma ligne de conduite, c’était ce que j’avais envie de faire à l’intérieur du parti. Le renouveler dans ces instances politiques et dirigeantes. Il se trouve que comme d’habitude, les vieux  n’ont pas voulu céder leurs places. Vous savez en Afrique, on ne sait pas ce que ça veut dire partir à la retraite ou renouvellement de la génération ou encore laisser sa place à la jeunesse. Donc, constatant cela à l’intérieur de mon propre camp, j’ai décidé de me mettre en retrait et de quitter et partir.

Quelles sont vos intentions maintenant? Allez-vous rejoindre un nouveau parti ou créer un parti politique ?

Je n’ai pour le moment nulle autre intention que celle de faire avancer par le débat politique, par l’argument mon pays. Je n’ai pas encore pris une décision. J’ai été sollicité. J’ai rencontré beaucoup de gens. J’ai rencontré Papa Koly Kourouma. J’ai rencontré Elhadj Cellou Dalein Diallo. J’ai rencontré également des membres du RPG aussi. Parce que je pense que j’ai des choses à apporter à mon pays. Mais je ne le ferai qu’en conscience, je ne le ferai que si j’ai en face de moi un parti politique qui conviendra aux convictions qui sont les miennes et à l’envie profonde que j’ai d’en finir avec cette médiocrité de cette génération.

Quelle lecture faites-vous de la situation sociopolitique actuelle du pays ?

Elle est catastrophique à tous les points de vue politique et sociologique. Nous sommes dans un pays où nous ne maitrisons pas notre économie, où les étrangers viennent prendre l’argent, n’investissent pas et repartent. Nous sommes dans un pays où une génération entière est en train de se sacrifier où le Guinéen n’a pas le droit, il n’a pas accès dans la plupart des business ou des points de rémunérations. Il faut un changement de politique, idéologique et de génération.

L’accord politique paraphé le 12 octobre dernier ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique. Notamment le point 2 de l’accord. Quel est votre point de vue ?

Le point de vue qui m’intéresse, ce n’est pas celui de la classe politique, c’est celui du peuple. Je constate qu’on est en train d’enlever au peuple le peu de démocratie qui lui reste. Parce qu’on parle d’élection des chefs de quartiers et des conseillers communaux. C’est-à-dire des gens qui sont chargés de remonter à l’Etat, au gouvernement ou responsable politique la souffrance du peuple. On est en train de faire une petite bataille là-dessus.

C’est-à-dire qu’ils vont s’arroger le droit chacun dans son coin de les élire en fonction de leurs intérêts personnel. Ce qui était en cause, ce n’est pas l’avenir de quelques petits partis ou du RPG ou de l’UFDG. Parce que ce qui est en cause, c’est l’avenir de notre pays, la démocratie. Je refuse qu'on prenne la démocratie en otage.

Je pense que c’est aux citoyens guinéens d’élire que ça soit à la base ou tout autre, leurs représentants et je ne suis pas d’accord avec cette petite guéguerre de pouvoir qui est en train de se faire entre principalement l’UFDG et le RPG, qui sont en train de prendre en otage notre démocratie.

Et en tant que responsable politique de ce pays, quelqu’un qui fait partie  d’une génération qui est amenée à arriver au pouvoir plus tard, je refuse cela pour mon pays et au nom de la démocratie.

L’actualité aussi, c’est l’arrestation de Toumba Diakité au Sénégal. La justice sénégalaise a donné récemment son accord pour son extradition en Guinée. Quel est votre point de vue ?

Mon point de vue est simple. Je suis droit dans mes bottes et il est dans la même lignée. Nous sommes un pays souverain. Je suis un souverainiste et un panafricaniste convaincu. Je refuse que le président Dadis soit jugé hors de son pays. Donc, tous qui contribuent à cela est une très bonne chose. La justice guinéenne est en marche. Elle est en train de faire extrader un des principaux acteurs de cette horrible chose qui a été le 28 septembre 2009.

Donc je trouve que c’est une bonne chose la manifestation de la vérité pour le droit et le devoir que nous avons envers les victimes du 28 septembre. C’est une très bonne chose qu’il soit rentré d’abord  dans son pays et qu’il contribue à ce que la lumière soit faite sur cette horreur qui a été commise le 28 septembre.

Pour sa sécurité, ne souhaitez-vous pas son extradition en Guinée?

Toumba Diakité est un citoyen guinéen. Il n’est pas au-dessus de la loi. Et la loi est faite dans une équité. Il sera jugé dans ce pays équitablement. Mais ce n’est pas à lui de dicter les règles. C’est à la nation de lui dicter la règle. C’est à l’Etat qui doit être fort  de lui dicter les règles. Surtout ne l’oublions pas que le crime pour lequel il est présumé innocent, mais pour le moment, il est accusé de crimes contre l’humanité. C’est l’un des plus graves crimes au monde.

En tant que citoyen et responsable politique, je trouve que c’est une très bonne chose. Il n’a qu’à rentrer et s’expliquer devant la nation et la justice de son pays pour savoir ce qui s’est passé ce fameux jour, qui a été une des grandes taches noires de notre pays. Je tiens à le dire très clair, Toumba Diakité doit et se doit, c’est une obligation pour lui de s’expliquer devant la justice guinéenne et devant le peuple de Guinée pour justifier ou nous éclairer sur ce qui s’est passé ce jour-là.

Mais depuis son arrestation, on a l’intention que la tentative d’assassinat contre le capitaine Dadis est oubliée. Comment vous jugez cela ?

Je n’ai pas à juger ou à préjuger de ce que la justice guinéenne retient comme chefs d’accusation. Je ne me préoccupe pas de ce que les uns et les autres pensent. Je suis un homme qui pense que la justice doit faire son chemin. Elle doit passer. Et que cette justice-là, elle est faite pour tous les citoyens quelques soit leurs crimes. Donc, ce qui m’intéresse avant tout est qu’il rentre, qu’il soit extrader et qu’il soit jugé dans son pays. C’est la seule chose aujourd’hui qui m’importe. Le sort du capitaine Dadis est entre les mains de l’Etat guinéen, il est entre les mains du peuple guinéen.

Encore je le dis et je le répète, il fallait qu’il rentre pour se justifier, pour pouvoir se défendre aussi. Parce que c’est important et qu’il soit jugé. Et s’il doit être condamné qu’il le soit et s’il doit être acquitté il le sera. Mais il faut que la justice guinéenne fasse son travail, que la justice se fasse au nom des victimes. Parce que ce qui nous préoccupe avant tout, ce n’est pas les nantis, c'est le bas peuple qui a été piétiné, ceux qu’on a tué ce jour-là.

Pensez-vous à un procès équitable en 2017 comme l’a promis le ministre de la Justice ?

Dans ce processus-là, il me semble que le ministre de la Justice a tenu parole contrairement à ce qu’on disait. Il a dit et répété que le procès se tiendrait que les principaux acteurs de ce procès seraient jugés en Guinée. Et c’est ce qui me semble en train d’être fait. Donc apportons-lui ce crédit-là, la parole tenue. Maintenant je ne suis pas quelqu’un de naïf. J’attends de voir comme tout le monde.

Même si en 2016 Cheick Sako avait promis l’ouverture de ce procès ?

Vous savez, la justice ce n’est pas une question de temps, c’est une question de moyens. Je crois que nos magistrats travaillent dans des conditions extrêmement difficiles. La justice n’a pas forcément les moyens financiers aujourd’hui de faire le travail qui devrait être le sien. Donc attendons. L’importance, c'est que la justice passe que soit donc 5 ans, 6 ans,… il faut que ce crime-là, soit jugé pour ce qu’il est.

Quelle lecture faites-vous de la loi de finances 2017?

Ça me fait rire la loi de finances parce qu’aucun responsable politique de ce pays ne justifie des dépenses qu’il fait. Nous ne savons pas aujourd’hui la loi de finance qui a été votée  en 2015, 2014, on ne sait pas à quoi, elles ont servi devant la représentation nationale. Et les députés acceptent de venir nous embrouiller. Il n’y a pas de loi de finances en Guinée, il n’y a pas d’économie dans ce pays.

L’économie est détenue par les étrangers. Il faut qu’on se le dise aucun guinéen aujourd’hui en dehors de quelques-uns. Et je présume que c’est 1% de la population qui monopolise 90% des richesses nationales. La loi de finances ne concerne pas le peuple, elle concerne ceux qui se la partagent entre eux.

Pour le moment, ce n’est pas ce qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse, ce sont les emplois, c’est quand est-ce l’Etat va prendre ses responsabilités et va donner de l’emploi à nos concitoyens, va favoriser les Guinéens sur son sol. La loi de finances, c’est de la poudre aux yeux. Elle est vide parce qu’ils vont encore se servir. Ils vont encore dépenser, ils vont creuser nos déficits et c’est malheureusement nos enfants qui devront payer tout cela.

Est-ce que l’arrivé des Chinois dans le secteur minier guinéen va changer la donne ?

J’ai toujours dit et je le répète  que nous avons pendant 50 ans basés notre développement économique sur les mines. Et, c’est une très mauvaise orientation économique. L’économie d’un pays se fait sur le privé, se fait sur la force de production de sa jeunesse, de son peuple. La coopération chinoise est une coopération malheureuse.

Je considère les Chinois comme des mercenaires. Ils viennent nous acheter ou nous prendre nos matières premières pour des infrastructures qui sont construites avec  de très mauvais matériaux. Ils viennent avec leurs ouvriers au détriment des qualifications, des ouvriers guinéens. Donc, ce n’est pas un échange gagnant-gagnant.

J’ai entendu le président de la République dire  la dernière fois, qu’il ne voulait plus d’intermédiaires entre ceux qui achètent et ceux qui vendent la bauxite. C’est une très bonne chose. Ce ne sont pas des terrains qui m’intéressent. Parce que ce ne sont pas des terrains qui sont pourvoyeurs d’emplois ou qui rapportent au peuple.

 Il y a une extrême mauvaise gouvernance, une extrême mauvaise gestion des deniers publics dans ce pays. Raison pour laquelle, je dis qu’il faut faire un moratoire complet sur les mines. Où va l’argent des miniers ? Il ne va certainement pas dans la poche des Guinéens. Parce que ça ne se voit pas au quotidien. Il ne va pas dans la construction de nos routes puis qu’elles sont défoncées. Il ne va pas dans la construction d’hôpitaux  puisque nous allons dans des mouroirs. Il ne va pas dans la justice  puisque les magistrats, les juges travaillent dans des conditions dramatiques.

Donc je me pose la question où va l’argent qui des mines extraites de nos sous-sols ? C’est d’abord cette question-là, qu’il faut résoudre avant de parler de Chine ou je ne sais de qui encore. Nous devons redresser la situation dans notre pays. Parce que nous sommes dans une situation catastrophique, anarchique même.

Nous sommes dans une espèce de néocolonialisme économique. L’économie est détenue par les étrangers dans mon pays. Et ça, c’est insupportable parce que ça veut dire que mes frères, mes sœurs et mes enfants sont laissés pour compte. Parce que les cadres de ce pays préfèrent négociés avec des étrangers plutôt que  de faire confiance à leurs propres frères ou peuple et ça, c’est insupportable. Il faut que ça s’arrête, il faut qu’on redonne le pouvoir à l’économie locale, qu’on favorise nos enfants. C’est ce qu'eux, ils font chez eux. Il faut qu’on l’applique ici

Quelle analyse faites-vous de la situation qui prévaut en Gambie ?

Le sort d’un homme à ce niveau ne m’intéresse pas, c’est le sort du peuple gambien qui m’intéresse. Yaya Jammeh d’après ce que j’ai compris, ça fait 22 ans qu’il est au pouvoir. Il faut qu’on en finisse avec ces Chefs d’Etat qui pensent qu’ils sont immortels, que sans eux l’Afrique ne va pas avancer. Avec ces gens qui pensent que le pouvoir est mystique. Le peuple gambien doit arrêter d’être un peuple de mouton, il faut qu’il se soulève contre ce genre de personnes.  Et j’attends que la CEDEAO fasse son travail. Si cet homme décide de ne pas partir du pouvoir, il faut le bouter hors du pouvoir par la force parce qu’il ne comprenne que ça, ces dictateurs.

On ne peut pas dialoguer avec ces gens-là. Ce sont des héritiers de la France-Afrique. Ce sont contrairement l’image qu’il donne du panafricanisme, il n’en est pas un. Ce sont des héritiers de Mobutu, de Bokassa et c’est ce que j’appelle la caricature politique africaine.

Donc, je voudrais que la Gambie s’en sorte. Il y a une jeunesse intelligente, un panafricanisme qui est en train de naitre et que ces gens-là, ils doivent partir du pouvoir par d’eux mêmes ou par la force. Parce qu’avec l’avenir de l’Afrique on ne plaisante plus. Il faut que ça soit les Africains eux même qui le fassent.

Amadou Sadjo Diallo

La 15e Assemblée des Etats signataires du Statut de Rome se tient à La Haye, aux Pays-Bas, jusqu'au 24 novembre 2016. C’est un temps fort pour la Cour pénale internationale (CPI), au moment où trois pays africains – Burundi, Afrique du Sud et Gambie – ont annoncé leur retrait de la CPI. La Russie, elle, avait signé le traité, mais ne l’avait pas ratifié, et les Philippines viennent d’annoncer leur intention de se retirer de la Cour. Bref, les mauvaises nouvelles s’accumulent pour la procureure générale de la CPI, Fatou Bensouda, qui est l'invitée de RFI ce matin.

RFI : Le Burundi, l’Afrique du Sud et la Gambie ont annoncé leur retrait de la CPI. Avez-vous engagé des discussions ou allez-vous le faire pour que notamment l’Afrique du Sud, poids lourd de l’Afrique, revienne sur sa décision ?

Fatou Bensouda : D’abord, il est clair que ces développements sont décevants. Il s’agit bien sûr de décisions souveraines, mais se retirer de la première Cour pénale internationale universelle et permanente risque de priver ces Etats de la possibilité de prévenir de crimes internationaux et de lutter contre l’impunité de leurs auteurs. A la CPI, nous allons continuer néanmoins de travailler sans relâche à ces deux objectifs. D’ailleurs, le président de l’Assemblée des Etats membres du statut de Rome, le ministre sénégalais de la Justice, monsieur Sidiki Kaba, a demandé à ces trois Etats de reconsidérer leur défection.

Craignez-vous une contagion, ce qu’on appelle l’effet domino, d’autres retraits ?

Ce qui va se passer demain, je ne peux pas le prédire. Mais le plus important, c’est que la Cour continue à bénéficier du soutien de tous les Etats, enfin que toutes les victimes de crimes les plus graves aient une chance de voir la justice rendue. Je continuerai à accomplir mon mandat de façon indépendante et impartiale, sans crainte ni faveur.

Il y a cette critique, la CPI aurait une obsession, l’Afrique. Que répondez-vous ?

Cette critique n’est pas fondée. La majorité des affaires concernant le continent africain a été déférée par les Etats eux-mêmes dans le plein exercice de leur souveraineté. C’est le cas de la République démocratique du Congo, de la République centrafricaine (deux fois), du Mali, de la Côte d’Ivoire, et encore récemment du Gabon. En ce qui concerne le Soudan et la Libye, je dois rappeler la réalité des faits. Dans ces deux cas, c’est le Conseil de sécurité des Nations unies qui a saisi la Cour avec le soutien des Etats africains, membres non permanents du Conseil. La saisine concernant le Darfour avait aussi été recommandée par le groupe d’experts africains qui avaient travaillé sur la situation. Si j’ai une obsession, une seule, c’est de répondre aux attentes des milliers de victimes qui veulent que la justice soit rendue. Ça, c’est mon obsession.

Concernant l’Afghanistan et les crimes documentés, commis par les militaires américains, on voit mal comment un militaire américain pourrait être jugé par la CPI. Mais l’important, n’est-il pas aussi de rendre publics ces crimes qui seront connus par tous, grâce aux médias, aux réseaux sociaux. C’est aussi une façon de pointer un Etat qui, dans ce cas-là, va certainement ne pas apprécier cette publicité ?

Il faut comprendre que la Cour est compétente sur les crimes commis sur le territoire d’Etats parties au statut de Rome. Ceci vaut également lorsque ces crimes auraient été commis par des ressortissants d’un Etat qui ne fait pas partie de la Cour pénale internationale. La Cour est compétente en Afghanistan depuis le 1er mai 2003. Si donc, les Américains y ont commis des crimes de guerre après cette date, ces crimes pourraient faire l’objet d’une enquête. Il ne s’agit pas pour moi de faire une bonne ou une mauvaise publicité, mais d’expliquer mon mandat et les activités de mon bureau qui en découlent.

Ne faut-il pas que l’Afrique se dote d’une Cour pénale permanente qui travaillerait peut-être avec la CPI ? N’est-ce pas la solution pour faire taire les critiques à l’encontre de cette encore jeune justice internationale ?

Moi, je crois que la justice doit d’abord en priorité être rendue par les juridictions nationales des Etats concernés. Si ces Etats estiment qu’une juridiction supranationale doit les aider, alors la CPI est là. La tâche est énorme. Si d’autres initiatives véritables se font jour, nous ne pouvons que nous en féliciter dans la mesure où nous travaillons tous en vue du même objectif : c’est de lutter contre l’impunité de façon véritable, indépendante et impartiale.

Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour la CPI. Les Philippines annoncent se retirer de la Cour et par ailleurs, la Russie enlève sa signature ?

Il faut clarifier : la Russie n’a jamais ratifié le statut de Rome. Elle n’est donc jamais devenue un Etat partie. La décision de récuser sa signature n’a donc pas d’impact direct sur notre travail en cours. Cela complique bien sûr notre enquête en Géorgie, la Cour continuera son travail et n’est pas face à une crise. Je suis certaine que de plus en plus, nous aurons le support de la communauté internationale et la crédibilité de la Cour dépend de notre habilité de remplir notre mandat d’une manière indépendante et impartiale.

Un mot plus personnel peut-être, vous êtes Gambienne. La Gambie a annoncé son retrait de la CPI. C’est une immense déception pour vous ?

Vraiment, il est clair que ce développement est décevant. Je prends la Gambie, comme les autres Etats. Et ce n’est pas personnel. Je suis là pour tous les Etats parties.

Source: RFI

 

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