Récemment, le président de la Ligue guinéenne de football professionnel, Antonio Souaré était l'invité de la radio privée Lynx FM. Il a évoqué plusieurs sujets avec les animateurs de cette émission notamment la CAN 2023, les préparatifs et la présidence de la FEGUIFOOT. Lisez!

On parlait de la CAN, dites-nous quels sont les critères qui ont prévalu pour le choix, pour composer les 11 Commissions de cette CAN ?

Si vous me posez cette question, je ne suis pas en mesure de vous répondre  parce que nous sommes dans un pays où il y a des observateurs, des intellectuels, des hommes de culture, des connaissances et je ne peux pas vous répondre parce que je ne suis pas le décisionnaire. Moi, je suis un homme privé.

 Je travaille. Mes sociétés sont privées et moi-même, je suis privé. En Fonction de ma profession d’ingénieur télécom, je travaille sur ce côté-là.

Les critères, d’autres personnes peuvent les répondre. Je pense à mon humble avis que ceux qui ont été choisis, c’est en fonction de leurs  parcours, de leurs passés. Ce qu’ils ont déjà fait, ce qu’ils sont capables de faire, c’est une marque de confiance. Vous n’allez pas tomber du ciel pour être pris comme ça. S’ils savent que vous ne pouvez rien faire, vous n’allez pas être choisis. Donc, c’est comme vous, c’est comme nous ! Quand il y a eu le choix, on se réjouit du choix, de la confiance placée en nous. Mais moi, je ne pourrai pas vous dire les critères.

L’un des gros problèmes en Guinée, c’est le problème de suivi et d’évaluation. Dans ce cas, l’organisation de la Coupe d’Afrique demande beaucoup de moyens.  Alors quelles sont les forces sur lesquelles vous allez vous appuyer pour faire en sorte qu’il y ait un suivi dans l’exécution des travaux qui vont prévaloir ?

Vous savez les projets, il faut donner aux professionnels, à ceux qui savent le faire et  qui ont le savoir-faire. Pour ce projet-là, dès mon premier jour, j’ai dit, moi,  j’ai eu l’avantage  de suivre des projets réalisés dans beaucoup de pays. J’ai été témoin de la réalisation dans beaucoup de pays, étant un membre  d’une commission importante de la Confédération Africaine de Football.

Donc, je vous dis que le football, c’est un vecteur de développement. Tous les secteurs, aucun secteur n’est épargné. Tous les secteurs sont intéressés. C’est un mouvement d’ensemble, nous devons partir d’un point A à un point B. C'est-à-dire les gens sont focalisés sur le stade. Mais ce n’est pas le stade qui organise la Coupe d’Afrique des Nations.

Vous avez les communications, les communications sont immenses. Il ne faut pas que  les gens pensent que c’est les téléphones. Non ! Il y’a les routes, il y a les chemins de fer, la voie aérienne, il y a aussi la voie maritime.

 Ensuite quand vous transportez les gens, il faut les héberger. Là, ce sont les hôtels. Deuxièmement, c’est la sécurité. Pour sécuriser la vie des personnes qui se déplacent, il faut de la lumière, il faut un hôpital moderne, il faut un hôpital doté d’un centre de dialyse. Tous ces mouvements de tourisme, d’habitats, de travaux publics, de télécommunications, d’adduction d’eau, parce que c’est lié. La SEG aura un travail immense à faire. Si vous manquez d’électricité, mais vous ne pouvez pas accepter de manquer de l’eau, mais ça dépendra de la capacité managériale de ceux qui sont là, voilà! Nous travaillerons dans ce sens.

Mettez ça dans votre tête, que nous, on peut faire quelque chose de fiable. Parce que nous sommes des privés. On a aucune une pression, on a la volonté politique derrière, on posera le problème et notre force sera quoi ? C’est la communication.

On fera le point avec la presse à tout moment pour savoir où on a commencé, où nous sommes, où nous devons partir, qu’est-ce qui reste à faire, nous ferons tout.

J’étais avec Shanghai construction qui m’a dit ceci: "président, regardez dans toute l’Afrique, c’est nous qui avons construit les stades, en tout cas la plupart. Même à Libreville, là où la compétition  doit commencer dans une semaine, nous, on fait un stade en 24 mois ; deux ans seulement". Et nous en Guinée ici, nous  avons cinq ans devant nous. Il ne faut pas considérer la sixième année.

Il faut que la Guinée soit capable d’organiser après les travaux une CAN junior, avant la vraie CAN, pour tester: soit la CAN des cadets, soit celle féminine, soit  celle des juniors. Il faut qu’on puisse organiser l’une de ces trois compétions à un an ou à un an et demi de la grande compétition. En ce moment, ça va nous mettre à l’abri des erreurs et des fautes qui pourraient arriver en 2023, pour pouvoir les corriger à temps.

Il  faut noter que l’organisation d’une compétition comme la CAN est beaucoup plus compliquée. Il faut le faire sans faute, il faut que les gens soient transférés à un moment précis, surtout, il faut tenir en compte la sécurité des stades, la sécurité des personnes et des biens. Voilà un ensemble de tout qu’il faut gérer.

Je vous assure que nous allons travailler d'arrache-pied en mettant en place des hommes qui peuvent le faire. On va commencer par mettre en place un comité d’organisation pour la bonne réussite de cette organisation. Vous verrez puisque nous avons une volonté politique donc nous réussirons.

Il y a une Ligue qui a été créée l’année dernière. Quelles sont les nouveautés apportées pour cette saison 2016-2017 ?

Vous savez, on a créé la Ligue dans les conditions difficiles l’année dernière, parce que ça n’a pas été préparé par la fédération. Il n’y a pas de budget. Il y a un an, il faut que vous le sachiez que c’est un homme (Antonio Souaré, ndlr), un seul qui a pris ça sur ses épaules qui a financé tous les clubs, financé tout le championnat. Et que le championnat a commencé à temps et terminé à temps, avant beaucoup de pays de la sous-région. Nous avons été très fiers de ça.

Vous avez vu comment le championnat s’est passé. Les nouveautés de cette année, c’est quoi ? Normalement, on s’attend à une élection. Il faut faire l’élection pour finir pour de bon. Et, il est dit que quand vous acceptez d’être professionnel,  il faut vous soumettre à la loi et au règlement. Tous les clubs sont enregistrés en société: soit personnelle, unipersonnelle soit en SARL, soit en S.A parce que c’est une société commerciale.

Quand vous êtes professionnel,  vous le faites à but lucratif. Il faut qu’ils le comprennent.  Ce n’est pas le national, ce n’est pas l’amateur, je l’ai toujours dit quand vous êtes professionnel c’est que vous l’avez fait à but lucratif. Donc vous devez pouvoir vous enregistrer  parce que dans le nouveau règlement de la FIFA et de la CAF, il faut que vous soyez enregistré. Il faut que vous soyez listé parce que vous allez faire le transfert, vous allez faire le mouvement.

Tous ces jeux sont gérés par la FIFA. Et pour que vous soyez dans les normes, il faut que vous remplissiez toutes ces conditions-là. Cela ne voudrait pas dire que vous ne pouvez pas jouer  le championnat guinéen. Imaginez, aujourd’hui un club qui n’a pas fait les formalités qui soit demain champion de Guinée mais ce club ne pourra pas représenter le pays en compétition internationale parce qu’il ne remplit pas toutes les conditions pour jouer sur le plan international, seulement sur le plan national. Donc cette nouveauté-là, aujourd’hui, il faut mettre toutes ces structures en place.

L’année dernière, on a joué le niveau le plus bas. Donc, il faut élever le niveau pour que l’année prochaine, qu’on puisse être au niveau supérieur. L’année dernière, on a joué que sur la ligue I et la ligue II. Aujourd’hui,  notre colonne vertébrale de football n’existe pas. Vous jouez au sommet mais vous n’avez pas de base. Si vous n’avez pas de base, comment allez-vous progresser? Donc, aujourd’hui, il faut mettre le CFA en place, c'est-à-dire les centres de formations académiques qui vont donner aux amateurs c'est-à-dire ligue I et ligue II, la capacité de compétir honorablement et intégralement en ligue I et II. Voilà il y a tellement des nouveautés qu’on a apportées cette année, et vous verrez avec l’évolution du championnat.

Nous avons appris que le professionnel du monde du sport  souhaiterait que vous soyez le président de la féguifoot mais il y en a qui disent que vous hésitez. Alors pourquoi hésiterez-vous si vous êtes un homme du sérail?

Ecoutez, ça  n’a pas commencé aujourd’hui. C'est une grande confiance, c’est très bien, quand tout le monde se mobilise pour vous donner une responsabilité majeure dans cette profession vraiment, c’est bien. Je les remercie sincèrement, ça me va droit au cœur. Je me sens grandi et responsabilisé.

Je n’hésite pas ! Vous savez il y a deux ans, qu’on m’a demandé ça. J’ai décliné. Pourquoi ? Je vous dis la cause aujourd’hui. Lorsqu’ils sont venus me voir, il y a deux ans pour me proposer la présidence de la Fédération Guinéenne de Football, je leur ai dit non ! Je ne veux pas être président maintenant. Ils m’ont demandé pourquoi ? J’ai dit écoutez-moi, j’ai des grands chantiers. J’ai deux chantiers qui me tiennent à cœur et qui demandent beaucoup d’argent. Il y a le grand centre de YOROKOGUIYA où nous avons plusieurs terrains, nous avons un hôtel de grande dimension à construire, une école de foot, un restaurant. Ensuite nous avons des routes et des ponts à faire et un palais des sports à faire pour la jeunesse guinéenne.

En médias, nous sommes en train de faire une télévision numérique HT et une Radio HT qui demandent beaucoup d’argent. Je leur ai dit ça. Je n’ai pas manqué de leur dire  que je connais la mentalité des Guinéens qui ne change pas. Si aujourd’hui j’accepte d’être le président de la fédération Guinéenne de Football, dans deux ans, quand vous allez voir mon centre, ma radio, ma télévision, vous allez dire que c’est l’argent de la fédération qu’il a pris pour construire. Il n’avait pas ses moyens. Je leur ai dit laissez-moi d’abord suivre mon élan.

Ensuite, je leur ai dit que si je vous dis que je n’aime pas le football, je vous ai menti. Si je vous dis que ne veux pas progresser dans le football, être hissé au plus haut sommet, là je vous ai menti. Je leur ai dit de me laisser faire comprendre aux Guinéens qui ne me connaissent pas que c’est mon propre argent que j’utilise, mon propre argent.

Aujourd’hui, Dieu merci ! Ce centre est là. Tout le  monde entier a vu. Il n’y a pas encore une semaine la FIFA était là. Voilà ce qu’ils mon dit: "Monsieur le président, ce n’est pas un centre  que vous avez construit  mais plutôt un empire pour cette génération et la postérité". Et quand Canal + est venu voir l’installation de notre radiotélévision, ils nous ont dit ‘’ Monsieur le président, vous avez des matériels que même Canal n’en a pas’’. On a Lobi Vane ici. Lobi Vane est un studio mobile qui reporte n’importe quel match aujourd’hui de la coupe du monde jusqu’au match du quartier avec tous les systèmes de replay avec toutes les caméras.

Vous voyez ! Donc si je ne m’étais pas donné le temps dans ces deux dernières années pour réaliser cela, vous connaissez la mentalité de nos frères. Aujourd’hui, ça allait être l’objet de débats et discussions  partout en Guinée, dans les radios, dans les télévisions et même dans les cafés. On allait dire que j’ai détouré l’argent de la féguifoot. Mais aujourd’hui,  Dieu merci ! Je suis prêt.

Antonio Souaré prêt à briguer la Fédération Guinéenne de Football ?

Attendez ! J’ai tout ça derrière moi. C’est une fierté pour la Guinée. Je mets ça  à la disposition de la Guinée, de la sous-région et de toute l’Afrique, parce que c’est l’un des plus grands centres aujourd’hui en Afrique. On a voulu créer une destination africaine qui est la destination Guinée, en matière de médias et de football.

Maintenant que vous avez tout : le centre, la télé et la radio. Si maintenant on vous demandait d’être le président de la FEGUIFOOT, est-ce que vous allez l’accepter ?

Comme on me fait confiance, toute la Guinée a confiance en moi, les Guinéens ont su comprendre de quoi je suis capable. J’ai eu l’estime et la confiance du Chef de l’Etat pour me confier le plus grand sentier de la Guinée qui est le COCAN par rapport à la fédération, qu’est-ce que je peux dire. Quand je dis que je le suis, ça veut dire que je ne pourrai pas le refuser.

Donnez-nous l’exclusivité: « Moi Antonio Souaré, je suis candidat à la tête de la Fédération Guinéenne de Football »

Je préfère que ceux qui me l’ont demandé, le disent parce qu'eux et moi, on a déjà parlé. Ils vont vous le dire. Je suis prêt là où je suis assis à servir le football  guinéen pour l’honneur du football guinéen.

Si vous êtes le président de la fédération, quels sont les sentiers auxquels vous donnerez la priorité ?

Je vous garantis, si je viens à la tête de la Fédération Guinéenne de Football, je serai là pour servir le football pas pour me servir du football. Je le ferai avec beaucoup de passion et de professionnalisme. Nous allons tuer l’amateurisme, car c’est l’amateurisme qui a gangrené notre football. Il est temps que notre football se débarrasse du clientélisme, qu’on se débarrasse de ceux qui viennent pour se servir du football, qui ne font pas les comptes rendus, qui ne font pas de réunions.

Une synthèse d’Alpha Amadou Diallo       

 

                 

Ahmed Kourouma, ancien membre de l’Union pour le Peuple de Guinée - UPG- a une lecture très critique de la situation sociopolitique actuelle de la Guinée. Dans cet entretien qu’il a accordé à votre hebdomadaire, le jeune leader a déploré la mal gouvernance qui sévit dans le pays. Pour lui, la coopération chinoise dans le secteur minier est malheureuse pour la Guinée.

Vous venez de quitter le navire UPG. Quelles sont les raisons de votre départ?

Il y a eu des divergences. Je suis un homme politique neuf qui a des idées, qui a des convictions, qui crois en cette devise, qui est celle de beaucoup de pays démocratique en Afrique. Ce que nous sommes une nation, une et indivisible. Donc, à l’intérieur de cette nation, il y a des individus, il n’y a pas d’ethnie pour moi. Et à l’intérieur de ce pays, il y a des gens compétents et notamment des jeunes universitaires que j’ai rencontrés. Je trouve que lorsque l’on prêche l’ouverture, le renouvellement des générations, cela doit se faire au sein de son parti.

Alors c’était ma ligne de conduite, c’était ce que j’avais envie de faire à l’intérieur du parti. Le renouveler dans ces instances politiques et dirigeantes. Il se trouve que comme d’habitude, les vieux  n’ont pas voulu céder leurs places. Vous savez en Afrique, on ne sait pas ce que ça veut dire partir à la retraite ou renouvellement de la génération ou encore laisser sa place à la jeunesse. Donc, constatant cela à l’intérieur de mon propre camp, j’ai décidé de me mettre en retrait et de quitter et partir.

Quelles sont vos intentions maintenant? Allez-vous rejoindre un nouveau parti ou créer un parti politique ?

Je n’ai pour le moment nulle autre intention que celle de faire avancer par le débat politique, par l’argument mon pays. Je n’ai pas encore pris une décision. J’ai été sollicité. J’ai rencontré beaucoup de gens. J’ai rencontré Papa Koly Kourouma. J’ai rencontré Elhadj Cellou Dalein Diallo. J’ai rencontré également des membres du RPG aussi. Parce que je pense que j’ai des choses à apporter à mon pays. Mais je ne le ferai qu’en conscience, je ne le ferai que si j’ai en face de moi un parti politique qui conviendra aux convictions qui sont les miennes et à l’envie profonde que j’ai d’en finir avec cette médiocrité de cette génération.

Quelle lecture faites-vous de la situation sociopolitique actuelle du pays ?

Elle est catastrophique à tous les points de vue politique et sociologique. Nous sommes dans un pays où nous ne maitrisons pas notre économie, où les étrangers viennent prendre l’argent, n’investissent pas et repartent. Nous sommes dans un pays où une génération entière est en train de se sacrifier où le Guinéen n’a pas le droit, il n’a pas accès dans la plupart des business ou des points de rémunérations. Il faut un changement de politique, idéologique et de génération.

L’accord politique paraphé le 12 octobre dernier ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique. Notamment le point 2 de l’accord. Quel est votre point de vue ?

Le point de vue qui m’intéresse, ce n’est pas celui de la classe politique, c’est celui du peuple. Je constate qu’on est en train d’enlever au peuple le peu de démocratie qui lui reste. Parce qu’on parle d’élection des chefs de quartiers et des conseillers communaux. C’est-à-dire des gens qui sont chargés de remonter à l’Etat, au gouvernement ou responsable politique la souffrance du peuple. On est en train de faire une petite bataille là-dessus.

C’est-à-dire qu’ils vont s’arroger le droit chacun dans son coin de les élire en fonction de leurs intérêts personnel. Ce qui était en cause, ce n’est pas l’avenir de quelques petits partis ou du RPG ou de l’UFDG. Parce que ce qui est en cause, c’est l’avenir de notre pays, la démocratie. Je refuse qu'on prenne la démocratie en otage.

Je pense que c’est aux citoyens guinéens d’élire que ça soit à la base ou tout autre, leurs représentants et je ne suis pas d’accord avec cette petite guéguerre de pouvoir qui est en train de se faire entre principalement l’UFDG et le RPG, qui sont en train de prendre en otage notre démocratie.

Et en tant que responsable politique de ce pays, quelqu’un qui fait partie  d’une génération qui est amenée à arriver au pouvoir plus tard, je refuse cela pour mon pays et au nom de la démocratie.

L’actualité aussi, c’est l’arrestation de Toumba Diakité au Sénégal. La justice sénégalaise a donné récemment son accord pour son extradition en Guinée. Quel est votre point de vue ?

Mon point de vue est simple. Je suis droit dans mes bottes et il est dans la même lignée. Nous sommes un pays souverain. Je suis un souverainiste et un panafricaniste convaincu. Je refuse que le président Dadis soit jugé hors de son pays. Donc, tous qui contribuent à cela est une très bonne chose. La justice guinéenne est en marche. Elle est en train de faire extrader un des principaux acteurs de cette horrible chose qui a été le 28 septembre 2009.

Donc je trouve que c’est une bonne chose la manifestation de la vérité pour le droit et le devoir que nous avons envers les victimes du 28 septembre. C’est une très bonne chose qu’il soit rentré d’abord  dans son pays et qu’il contribue à ce que la lumière soit faite sur cette horreur qui a été commise le 28 septembre.

Pour sa sécurité, ne souhaitez-vous pas son extradition en Guinée?

Toumba Diakité est un citoyen guinéen. Il n’est pas au-dessus de la loi. Et la loi est faite dans une équité. Il sera jugé dans ce pays équitablement. Mais ce n’est pas à lui de dicter les règles. C’est à la nation de lui dicter la règle. C’est à l’Etat qui doit être fort  de lui dicter les règles. Surtout ne l’oublions pas que le crime pour lequel il est présumé innocent, mais pour le moment, il est accusé de crimes contre l’humanité. C’est l’un des plus graves crimes au monde.

En tant que citoyen et responsable politique, je trouve que c’est une très bonne chose. Il n’a qu’à rentrer et s’expliquer devant la nation et la justice de son pays pour savoir ce qui s’est passé ce fameux jour, qui a été une des grandes taches noires de notre pays. Je tiens à le dire très clair, Toumba Diakité doit et se doit, c’est une obligation pour lui de s’expliquer devant la justice guinéenne et devant le peuple de Guinée pour justifier ou nous éclairer sur ce qui s’est passé ce jour-là.

Mais depuis son arrestation, on a l’intention que la tentative d’assassinat contre le capitaine Dadis est oubliée. Comment vous jugez cela ?

Je n’ai pas à juger ou à préjuger de ce que la justice guinéenne retient comme chefs d’accusation. Je ne me préoccupe pas de ce que les uns et les autres pensent. Je suis un homme qui pense que la justice doit faire son chemin. Elle doit passer. Et que cette justice-là, elle est faite pour tous les citoyens quelques soit leurs crimes. Donc, ce qui m’intéresse avant tout est qu’il rentre, qu’il soit extrader et qu’il soit jugé dans son pays. C’est la seule chose aujourd’hui qui m’importe. Le sort du capitaine Dadis est entre les mains de l’Etat guinéen, il est entre les mains du peuple guinéen.

Encore je le dis et je le répète, il fallait qu’il rentre pour se justifier, pour pouvoir se défendre aussi. Parce que c’est important et qu’il soit jugé. Et s’il doit être condamné qu’il le soit et s’il doit être acquitté il le sera. Mais il faut que la justice guinéenne fasse son travail, que la justice se fasse au nom des victimes. Parce que ce qui nous préoccupe avant tout, ce n’est pas les nantis, c'est le bas peuple qui a été piétiné, ceux qu’on a tué ce jour-là.

Pensez-vous à un procès équitable en 2017 comme l’a promis le ministre de la Justice ?

Dans ce processus-là, il me semble que le ministre de la Justice a tenu parole contrairement à ce qu’on disait. Il a dit et répété que le procès se tiendrait que les principaux acteurs de ce procès seraient jugés en Guinée. Et c’est ce qui me semble en train d’être fait. Donc apportons-lui ce crédit-là, la parole tenue. Maintenant je ne suis pas quelqu’un de naïf. J’attends de voir comme tout le monde.

Même si en 2016 Cheick Sako avait promis l’ouverture de ce procès ?

Vous savez, la justice ce n’est pas une question de temps, c’est une question de moyens. Je crois que nos magistrats travaillent dans des conditions extrêmement difficiles. La justice n’a pas forcément les moyens financiers aujourd’hui de faire le travail qui devrait être le sien. Donc attendons. L’importance, c'est que la justice passe que soit donc 5 ans, 6 ans,… il faut que ce crime-là, soit jugé pour ce qu’il est.

Quelle lecture faites-vous de la loi de finances 2017?

Ça me fait rire la loi de finances parce qu’aucun responsable politique de ce pays ne justifie des dépenses qu’il fait. Nous ne savons pas aujourd’hui la loi de finance qui a été votée  en 2015, 2014, on ne sait pas à quoi, elles ont servi devant la représentation nationale. Et les députés acceptent de venir nous embrouiller. Il n’y a pas de loi de finances en Guinée, il n’y a pas d’économie dans ce pays.

L’économie est détenue par les étrangers. Il faut qu’on se le dise aucun guinéen aujourd’hui en dehors de quelques-uns. Et je présume que c’est 1% de la population qui monopolise 90% des richesses nationales. La loi de finances ne concerne pas le peuple, elle concerne ceux qui se la partagent entre eux.

Pour le moment, ce n’est pas ce qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse, ce sont les emplois, c’est quand est-ce l’Etat va prendre ses responsabilités et va donner de l’emploi à nos concitoyens, va favoriser les Guinéens sur son sol. La loi de finances, c’est de la poudre aux yeux. Elle est vide parce qu’ils vont encore se servir. Ils vont encore dépenser, ils vont creuser nos déficits et c’est malheureusement nos enfants qui devront payer tout cela.

Est-ce que l’arrivé des Chinois dans le secteur minier guinéen va changer la donne ?

J’ai toujours dit et je le répète  que nous avons pendant 50 ans basés notre développement économique sur les mines. Et, c’est une très mauvaise orientation économique. L’économie d’un pays se fait sur le privé, se fait sur la force de production de sa jeunesse, de son peuple. La coopération chinoise est une coopération malheureuse.

Je considère les Chinois comme des mercenaires. Ils viennent nous acheter ou nous prendre nos matières premières pour des infrastructures qui sont construites avec  de très mauvais matériaux. Ils viennent avec leurs ouvriers au détriment des qualifications, des ouvriers guinéens. Donc, ce n’est pas un échange gagnant-gagnant.

J’ai entendu le président de la République dire  la dernière fois, qu’il ne voulait plus d’intermédiaires entre ceux qui achètent et ceux qui vendent la bauxite. C’est une très bonne chose. Ce ne sont pas des terrains qui m’intéressent. Parce que ce ne sont pas des terrains qui sont pourvoyeurs d’emplois ou qui rapportent au peuple.

 Il y a une extrême mauvaise gouvernance, une extrême mauvaise gestion des deniers publics dans ce pays. Raison pour laquelle, je dis qu’il faut faire un moratoire complet sur les mines. Où va l’argent des miniers ? Il ne va certainement pas dans la poche des Guinéens. Parce que ça ne se voit pas au quotidien. Il ne va pas dans la construction de nos routes puis qu’elles sont défoncées. Il ne va pas dans la construction d’hôpitaux  puisque nous allons dans des mouroirs. Il ne va pas dans la justice  puisque les magistrats, les juges travaillent dans des conditions dramatiques.

Donc je me pose la question où va l’argent qui des mines extraites de nos sous-sols ? C’est d’abord cette question-là, qu’il faut résoudre avant de parler de Chine ou je ne sais de qui encore. Nous devons redresser la situation dans notre pays. Parce que nous sommes dans une situation catastrophique, anarchique même.

Nous sommes dans une espèce de néocolonialisme économique. L’économie est détenue par les étrangers dans mon pays. Et ça, c’est insupportable parce que ça veut dire que mes frères, mes sœurs et mes enfants sont laissés pour compte. Parce que les cadres de ce pays préfèrent négociés avec des étrangers plutôt que  de faire confiance à leurs propres frères ou peuple et ça, c’est insupportable. Il faut que ça s’arrête, il faut qu’on redonne le pouvoir à l’économie locale, qu’on favorise nos enfants. C’est ce qu'eux, ils font chez eux. Il faut qu’on l’applique ici

Quelle analyse faites-vous de la situation qui prévaut en Gambie ?

Le sort d’un homme à ce niveau ne m’intéresse pas, c’est le sort du peuple gambien qui m’intéresse. Yaya Jammeh d’après ce que j’ai compris, ça fait 22 ans qu’il est au pouvoir. Il faut qu’on en finisse avec ces Chefs d’Etat qui pensent qu’ils sont immortels, que sans eux l’Afrique ne va pas avancer. Avec ces gens qui pensent que le pouvoir est mystique. Le peuple gambien doit arrêter d’être un peuple de mouton, il faut qu’il se soulève contre ce genre de personnes.  Et j’attends que la CEDEAO fasse son travail. Si cet homme décide de ne pas partir du pouvoir, il faut le bouter hors du pouvoir par la force parce qu’il ne comprenne que ça, ces dictateurs.

On ne peut pas dialoguer avec ces gens-là. Ce sont des héritiers de la France-Afrique. Ce sont contrairement l’image qu’il donne du panafricanisme, il n’en est pas un. Ce sont des héritiers de Mobutu, de Bokassa et c’est ce que j’appelle la caricature politique africaine.

Donc, je voudrais que la Gambie s’en sorte. Il y a une jeunesse intelligente, un panafricanisme qui est en train de naitre et que ces gens-là, ils doivent partir du pouvoir par d’eux mêmes ou par la force. Parce qu’avec l’avenir de l’Afrique on ne plaisante plus. Il faut que ça soit les Africains eux même qui le fassent.

Amadou Sadjo Diallo

La 15e Assemblée des Etats signataires du Statut de Rome se tient à La Haye, aux Pays-Bas, jusqu'au 24 novembre 2016. C’est un temps fort pour la Cour pénale internationale (CPI), au moment où trois pays africains – Burundi, Afrique du Sud et Gambie – ont annoncé leur retrait de la CPI. La Russie, elle, avait signé le traité, mais ne l’avait pas ratifié, et les Philippines viennent d’annoncer leur intention de se retirer de la Cour. Bref, les mauvaises nouvelles s’accumulent pour la procureure générale de la CPI, Fatou Bensouda, qui est l'invitée de RFI ce matin.

RFI : Le Burundi, l’Afrique du Sud et la Gambie ont annoncé leur retrait de la CPI. Avez-vous engagé des discussions ou allez-vous le faire pour que notamment l’Afrique du Sud, poids lourd de l’Afrique, revienne sur sa décision ?

Fatou Bensouda : D’abord, il est clair que ces développements sont décevants. Il s’agit bien sûr de décisions souveraines, mais se retirer de la première Cour pénale internationale universelle et permanente risque de priver ces Etats de la possibilité de prévenir de crimes internationaux et de lutter contre l’impunité de leurs auteurs. A la CPI, nous allons continuer néanmoins de travailler sans relâche à ces deux objectifs. D’ailleurs, le président de l’Assemblée des Etats membres du statut de Rome, le ministre sénégalais de la Justice, monsieur Sidiki Kaba, a demandé à ces trois Etats de reconsidérer leur défection.

Craignez-vous une contagion, ce qu’on appelle l’effet domino, d’autres retraits ?

Ce qui va se passer demain, je ne peux pas le prédire. Mais le plus important, c’est que la Cour continue à bénéficier du soutien de tous les Etats, enfin que toutes les victimes de crimes les plus graves aient une chance de voir la justice rendue. Je continuerai à accomplir mon mandat de façon indépendante et impartiale, sans crainte ni faveur.

Il y a cette critique, la CPI aurait une obsession, l’Afrique. Que répondez-vous ?

Cette critique n’est pas fondée. La majorité des affaires concernant le continent africain a été déférée par les Etats eux-mêmes dans le plein exercice de leur souveraineté. C’est le cas de la République démocratique du Congo, de la République centrafricaine (deux fois), du Mali, de la Côte d’Ivoire, et encore récemment du Gabon. En ce qui concerne le Soudan et la Libye, je dois rappeler la réalité des faits. Dans ces deux cas, c’est le Conseil de sécurité des Nations unies qui a saisi la Cour avec le soutien des Etats africains, membres non permanents du Conseil. La saisine concernant le Darfour avait aussi été recommandée par le groupe d’experts africains qui avaient travaillé sur la situation. Si j’ai une obsession, une seule, c’est de répondre aux attentes des milliers de victimes qui veulent que la justice soit rendue. Ça, c’est mon obsession.

Concernant l’Afghanistan et les crimes documentés, commis par les militaires américains, on voit mal comment un militaire américain pourrait être jugé par la CPI. Mais l’important, n’est-il pas aussi de rendre publics ces crimes qui seront connus par tous, grâce aux médias, aux réseaux sociaux. C’est aussi une façon de pointer un Etat qui, dans ce cas-là, va certainement ne pas apprécier cette publicité ?

Il faut comprendre que la Cour est compétente sur les crimes commis sur le territoire d’Etats parties au statut de Rome. Ceci vaut également lorsque ces crimes auraient été commis par des ressortissants d’un Etat qui ne fait pas partie de la Cour pénale internationale. La Cour est compétente en Afghanistan depuis le 1er mai 2003. Si donc, les Américains y ont commis des crimes de guerre après cette date, ces crimes pourraient faire l’objet d’une enquête. Il ne s’agit pas pour moi de faire une bonne ou une mauvaise publicité, mais d’expliquer mon mandat et les activités de mon bureau qui en découlent.

Ne faut-il pas que l’Afrique se dote d’une Cour pénale permanente qui travaillerait peut-être avec la CPI ? N’est-ce pas la solution pour faire taire les critiques à l’encontre de cette encore jeune justice internationale ?

Moi, je crois que la justice doit d’abord en priorité être rendue par les juridictions nationales des Etats concernés. Si ces Etats estiment qu’une juridiction supranationale doit les aider, alors la CPI est là. La tâche est énorme. Si d’autres initiatives véritables se font jour, nous ne pouvons que nous en féliciter dans la mesure où nous travaillons tous en vue du même objectif : c’est de lutter contre l’impunité de façon véritable, indépendante et impartiale.

Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour la CPI. Les Philippines annoncent se retirer de la Cour et par ailleurs, la Russie enlève sa signature ?

Il faut clarifier : la Russie n’a jamais ratifié le statut de Rome. Elle n’est donc jamais devenue un Etat partie. La décision de récuser sa signature n’a donc pas d’impact direct sur notre travail en cours. Cela complique bien sûr notre enquête en Géorgie, la Cour continuera son travail et n’est pas face à une crise. Je suis certaine que de plus en plus, nous aurons le support de la communauté internationale et la crédibilité de la Cour dépend de notre habilité de remplir notre mandat d’une manière indépendante et impartiale.

Un mot plus personnel peut-être, vous êtes Gambienne. La Gambie a annoncé son retrait de la CPI. C’est une immense déception pour vous ?

Vraiment, il est clair que ce développement est décevant. Je prends la Gambie, comme les autres Etats. Et ce n’est pas personnel. Je suis là pour tous les Etats parties.

Source: RFI

 

En marge du séminaire sur l'approche ''Une Seule Santé'' organisé à Dakar du 8 au 11 Novembre 2016, votre site a accroché le Dr Sakoba  KEITA, le directeur général de l'Agence Nationale de la Sécurité Sanitaire de la Guinée -ANSS- et ex-coordinateur de la Cellule de Riposte contre Ebola pour savoir l'objectif de sa présence, ses impressions sur le séminaire, sur l'état actuel de la maladie Ebola en Guinée, du projet REDISSE -Regional Disease Surveillance Systeme Enhancement- dont la Guinée est retenue sans oublier ses sentiments sur  la semaine de la citoyenneté et de la paix.

Lejourguinee.com: Quelles sont les raisons?

Le Dr Sakoba Kéita: ma présence à Dakar était de répondre à l'invitation de la CEDEAO - Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest -  concernant la stratégie ''Une Seule Santé'' pour les pays de la dite zone. Cette stratégie est née suite à l'examen de la situation de certaines épidémies d'origine animale dans notre sous-région.

Au terme de ce séminaire, quels sont vos sentiments?

Je suis très satisfait par rapport aux attentes en venant ici. Il faut que l'on sache que, désormais, les problèmes de santé constituent un problème d'ensemble que tous les pays de la CEDEAO doivent se tenir préparer pour ne plus qu'on soit surpris comme le cas de l'épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola qui a sévi dans notre sous-région et qui fait plus de 11 000 victimes.

Cette réunion nous amène à mieux nous préparer pour prévenir et détecter de façon précoce et mettre en place des équipes d'intervention rapide afin qu'on ne connaisse plus cette période macabre avec le virus Ebola.

Pourquoi le choix de la Guinée?

Le choix de la Guinée et du Sénégal découle du passé. La Sierra Léone, la Guinée et le Sénégal constituent les premiers pays qui vont en bénéficier de ce tapis. Le niveau de préparation de ces trois pays me semble beaucoup plus avancé que les autres.

Sur le plan budgétaire pour le moment, nous sommes  en pleine négociation sur le budget annoncé par  REDISSE  qui est un montant de  600 millions de Dollars qui sera utilisé par les 15 pays de la CEDEAO. Dans les prochains jours,  la dotation de chaque pays sera connu.

Ebola est-il complètement éradiqué?

Parler d'éradication me semble un mot très fort mais en tant ex-coordinateur de la Cellule de riposte contre Ebola cette maladie est sous contrôle. A ce jour, on ne connait pas où se cache la maladie puisque la Guinée ne l'avait jamais connue.

Pour le moment, nous continuons nos activités de vigilance pour qu'on ne connaisse plus la résurgence de cette dernière comme on l'avait au mois d'Avril (2016, ndlr). Nous allons mettre en Guinée une Surveillance active en ceinture jusqu'en fin 2017 pour nous rassurer qu'Ebola ne reviendra pas. Nous avons un stock suffisant de vaccins pour parer à toutes éventualités.

Nous avons huit équipes d'intervention rapides au niveau  de toutes les provinces qui vont veiller au grain pour intervenir le plus rapidement possible pour qu'on sache si c'est Ebola ou non. La Guinée gardera sa force de vigilance pendant ces deux années à venir.

Vous êtes actuellement au Sénégal, quelles vos impressions sur  la SENACIP?

Sur la semaine de la Citoyenneté: C'est la bienvenue puisque à une certaine période l'engagement citoyen s'était  un peu effrité en Guinée. L'initiative est à saluer puisqu'elle permet un réveil des consciences des uns et des autres pour maintenir nos valeurs de citoyenneté et donner la chance aux uns et autres de mieux vivre.

Votre mot de la fin?

Je suis satisfait des travaux et de l'accueil que le Sénégal nous a réservé. Nous allons nous inspirer de ces travaux pour renforcer nos bases de surveillance communautaires, renforcer nos mécanismes de réponses rapides en prenant en compte d'autres secteurs pour être utiles dans la détection et avoir une réponse rapide et appropriée pour étouffer les maladies qui vont se présenter dans notre zone.

Encore un grand merci aux organisateurs, aux partenaires financiers, au Sénégal sans oublier mes compagnons qui n'ont ménagé aucun effort pour une bonne participation.

Alpha Sidibé, Dakar pour lejourguinee.com

 

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