Le ministre de l’Unité nationale et de la citoyenneté, Kalifa Gassama Diaby, était l'invité de la Radio Espace fm. Il a saisi l'opportunité pour expliquer en profondeur le civisme auquel bon nombre de citoyens guinéens sont confrontés. M. Diaby a  promis de l’innovation par rapport à la semaine nationale de la citoyenneté qui doit avoir lieu dans quelques mois.

La SENACIP, la première édition a été organisée. Quel enseignement peut-on tiré clairement d'elle  parce qu’on sait  que c’est la deuxième édition qui est aujourd’hui en train d’être préparée ?

Permettez moi avant d’aborder cette question de profiter de cette antenne pour lancer un appel à nos compatriotes de Kamsar et de Boké. Nous respectons leurs frustrations, nous respectons leur mécontentement et je voudrai que les familles, les hommes, les femmes, les  jeunes, les autorités, religieuses, morales, la société civile de Boké, de Kamsar qui nous écoutent, il est important que nous n’agissions pas dans des directions qui nous amènent vers l’impasse.

Je voudrais les inviter, les prier, les appeler à la modération, à cesser toute acte de violence, à faire en sorte que nous puissions user de nos intelligences pour régler des problèmes.

Nous savons qu’il y a un vrai problème dans ce pays. Il y a un vrai problème de rapport de confiance entre nos concitoyens et l'Etat. C’est une réalité, c’est une évidence qu’on ne peut pas nier. Nous savons aussi qu’il y a une chaîne de corruption dans ce pays qui amène les citoyens parfois à des situations de désespérance. Je les invite au calme. Je les prie d’observer le calme. Je les prie de faire en sorte que nous puissions discuter dans la paix et cela n’enlève rien à la légitimité de leurs revendications. Mais, je rappelle encore par respect et parce que nous devons la vérité à l’Etat et aux partis politiques surtout à ce peuple qui a le droit bien entendu au bonheur,  à la bonne condition parce que nous devons cette vérité, que nous devons leur dire que la violence n’est ni une solution ni une issue.

Alors, j’invite l’ensemble de la jeunesse de Kamsar, de Boké de se ressaisir, de se retrouver de faire des propositions concrètes et de se défendre par l’intelligence pour que l’Etat les écoute. Et l’Etat doit les écouter mais la violence n’est ni une méthode acceptable ni un moyen approprié justement pour leur permettre de rentrer dans leurs droits en tant que citoyens guinéens. Et j’espère que cela sera entendu. Nous le faisons dans l’intérêt de nos pays.

Je les appelle au patriotisme pour que ce pays puisse se retrouver sa sérénité parce que chaque drame à Kamsar, à Boké, c’est un drame pour l’ensemble du peuple de Guinée.

Nous ne souhaitons pas des drames que des familles soient endeuillés, que des familles aient des douleurs, que des jeunes soient touchés, que des services de sécurité soient touchés. Il faut en Guinée que nous nous calmons et que nous nous retrouvons pour se parler. Et pour trouver des solutions à des vrais problèmes qui sont posés pour que l’Etat assume sa responsabilité et il doit assumer, s’il n’assume pas, c’est une faute.

Revenons sur la question, quel enseignement vous tirez sur la première édition ?

Comme vous le savez, le mois de juillet en 2016, l’ensemble des groupes à l’assemblée nationale ont bien voulu adopter à l’unanimité  un projet de loi qui est inspiré par la nécessité d’un autre pays de parler de cette problématique du pays ou de la nation et de la paix dans notre pays. La première édition était l’année dernière au mois de novembre. Les premières leçons qui sont vraiment encourageantes, c’est d’abord l’accueil de nos concitoyens, l’enthousiasme populaire qui a accueilli cette initiative. Cela révèle que nos concitoyens sont conscients de la nécessité absolue pour notre pays de retrouver le chemin de la normalité, de la sérénité et du civisme.

Nous avons comme vous savez la première édition poser une thématique qui nous permettait d’abord de faire connaitre cette idée, faire connaitre ce projet et cet évènement. Nous avons vu à travers l’ensemble du pays, l’intérêt de notre citoyenneté à cet évènement. Nous avons aussi compris lors de cette première édition, l’immensité de la tâche. La nécessité de continuer à travailler sur la problématique qui reste centrale pour nous puisque, c’est vraiment le préalable à une société apaisée, une société de droit et de liberté de responsabilité mais aussi pour notre idéal de nation.

Nous avons accueilli cet enthousiasme de nos concitoyens comme étant d’abord un devoir qui s’impose à l’Etat de mettre en œuvre pas simplement à travers la semaine de la citoyenneté mais aussi et nous travaillons aussi avec les différents ministères en charge des questions de l’éducation, de mettre en place une véritable structure d’éducation qui soit dans les écoles du primaire jusqu’au dans les universités pour que nous puissions enseigner le civisme. Le civisme, c’est la manière, la bonne manière pour nous permettre de vivre ensemble, de nous respecter, de nous écouter, de respecter la loi, les  institutions et de défendre pleinement ses droits et ses libertés.

Nous avons aussi constaté à quel point, il est nécessaire d’associer l’ensemble des acteurs à cet évènement. La société civile qui se bat déjà sur le terrain qu’elle soit associée. Je veux rappeler ici, c’est un évènement pour la société civile, demain ce ministère peut disparaître, cet évènement doit être récupéré par l’ensemble des acteurs qui puissent s’inscrire dans ce dynamique de travail. Je voudrais dire à nos concitoyens, ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il faut renoncer au travail.

C’est difficile ce travail parce que nous avons trop laissé de temps passé pour s’occuper de cette question. Il faudrait donc qu’on se retrousse les manches ; qu’on soit engagé dans une détermination  à continuer à travailler parce que c’est la seule solution qui vaille dans ce pays. Une société des citoyens où tous les Guinéens quelle que soit leur origine, leurs opinions, leurs positions sociales puissent jouir de même droit, de même liberté et puis se faire face aux mêmes responsabilités.

Est-ce que vous croyez à cette semaine de la citoyenneté sans l’implication du ministre de la Justice? La semaine de la citoyenneté ça entraine un idéal mais ce n’est pas pour autant Conakry n'a cessé d’être sale. Dans les manifestations, on continue de casser. Que vaut la semaine de la citoyenneté sans un accompagnement véritable de la justice ?

Je crois que le propre des  sociétés est en crise. Les sociétés en crise sont des sociétés impatientes. Après 30 ans ou 40 ans d’incivisme, il serait présomptueux et même cela relèverait de la folie de penser qu’une édition pourrait régler un problème qui dure depuis 30 ou 40 ans. Cet évènement pour l’évaluer, on n’est pas de l’ordre du quantitatif et de l’ordre du qualitatif. C’est un travail de longue haleine. Il y a deux pays en Afrique qui ont cet évènement. C’est le Burkina qui le fait depuis 14 ans. J’invite tout un chacun à aller sur le site internet à suivre le discours de cette année de la 13ème Année de l’organisation de la SENACIP. Si vous voyez, vous écoutez le discours du ministre et du président Burkinabé, vous aurez l’impression qu’on parle de la Guinée après 14 ans d’évènement.

L’être humain n’est pas une machine, lorsqu’on a laissé le dégât moral s’installer dans le comportement et dans l’habitude de nos concitoyens, vous critiquez, je les ai entendus, ils sont nécessaires mais cela doit permettre d’améliorer. Et non pas de dire soit, on a une solution magique, soit on arrête tout. Il fait se battre, il faut travailler et je vais vous dire sur la question de ministère de la Justice, il faut travailler là-dessus, une édition ne suffit pas et la semaine de la citoyenneté ne serait pas la seule action pour travailler dans l’éducation civique.

Pour ce qui est du ministère de la Justice, je crois qu’il faut éviter dans notre pays, le mélange de gens. Lorsque vous volez, cela ne relève pas du civisme, cela relève du pénal. Le ministre de la Justice son rôle, c’est de permettre aux Guinéens, les victimes de rentrer  de leurs droits, les coupables de répondre de leurs méfaits devant la loi. Il n’y a pas de mélange de gens. Vous savez  quelques fois,  on m’appelle quand il y a eu de drame, notamment ce compatriote qui s’est fait lyncher et bruler en banlieue. On m’appelle, on me dit qu’est-ce que vous en dites ? Vous qui s’occupez du civisme dans notre pays cela ne relève pas du civisme, cela relève de la criminalité. Je vais vous rappeler, le système éducatif est fait de deux paliers. La promotion, l’éducation et la sensibilisation sur la valeur et la sanction.

La difficulté dans notre pays notamment les acteurs de la société civile qui sont pleinement investis sur ce travail, nous travaillerons énormément sur la question de la sensibilisation, l’éducation mais il n’y a pas suffisamment de sanction. La culture d’impunité est tellement ancrée dans notre pays, il faut donc qu’il y ait ces deux pieds : la carotte et le bâton; que nous soyons en mesure d’une part à sensibiliser, d’autre part de sanctionner.

Nous voudrons savoir parce qu’on a suivi déjà des réactions par rapport à cette deuxième édition. Je voudrais qu’on sache, c’est quoi le thème de cette année ?

Le thème de cette année, nous avons proposé au gouvernement qu’il a accepté. Que nous invitons l’ensemble de nos concitoyens à l’occasion de cette deuxième édition à réfléchir sur le rôle que doit jouer le citoyen dans la construction de la nation. La thématique de cette année, c’est le citoyen dans la construction de la nation avec un slogan ‘’un peuple, une volonté, une nation’’. Nous considérons et cela est absolument essentiel pour notre pays, la question de la nation est la question la plus centrale avec la répercution de respect de droit et de la liberté, la question de la justice puisque nos compatriotes exigent la justice à plein droit et rappeler à nos concitoyens que chacun peut agir, peut faire quelque chose pour permettre à cette nation d’émerger, de se consolider et d’être un espace d’épanouissement pour chacun d’entre nous. La nation ne se construit que par la volonté.

Je rappelle encore, la semaine de la citoyenneté, ce n’est pas une espèce de panacée. C’est une occasion d’aborder les problématiques et de permettre à l’ensemble des acteurs de la société à partir de ce problématique, justement d’engager des actions pour la continuité. Je ne suis pas à tous les postes de responsabilités. Je n’organise pas la semaine et je fais le suivi dans tous les domaines de la vie de la nation. La justice à partir de la semaine de la citoyenneté doit continuer à prendre ses responsabilités.

Vous étiez au Conseil des ministres à l’occasion duquel vous avez présenté le projet. Il y a le chiffre de budget qui est apparu et depuis on entend des critiques fusées de partout de la part d’une certaine frange de la population. Beaucoup ne comprennent pas trop qu’on puisse engager 8 milliards cinq cent millions  dans l’organisation de cette semaine nationale de la citoyenneté comparativement aux difficultés que connait le pays sur le plan des infrastructures et sur le plan d’autres défis. Comment vous avez entendu ces critiques, ces différentes réactions et comment vous-mêmes, vous y réagissez ?

Je pense que les critiques, les réactions de nos concitoyens, c’est quelque chose de normal et que des gens puissent avoir des réactions que des gens puissent s’interroger sur un certain nombre de choses. Je voudrais simplement définir trois choses. La première chose, c’est d’abord le budget dont on parle qui est un budget qui a été proposé qui n’est pas obtenu. Donc, ceux qui pensent que c’est un budget qui a été  obtenu, pour l’instant, je peux leur dire que nous n’avons pas un centime de ce budget, la première chose.

La deuxième chose, je crois que tout est relatif s’il y a des concitoyens qui pensent que huit milliards, c’est beaucoup pour cet évènement. Je respecte cette opinion. Je crois que nous sommes dans une société. Nous nous battons pour la liberté d’opinion et de leur expression. C’est quelque chose que nous respectons absolument  puisque c’est un point de vue. Il faut respecter ce point de vue. Toutefois, c’est l’élément qui me parait essentiel. Ce qu’il faut éviter dans notre pays, ce sont les insinuations. Et je voudrais profiter de cette occasion pour dire un certain nombre de choses tout à fait net et clair sans ambiguïté  au temps. Je permets, c’est normal,  je respecte les citoyens qui ne sont pas d’accord avec le montant ou avec même l’évènement. Chacun est libre, je les respecte profondément. Je voudrais mettre en garde nos frères  dans le plus grand respect, ce que je ne peux pas accepter, c’est que je n’accepterai pas qu’on mette en doute ou en cause mon honneur et mon intégrité. J’ai travaillé dans ce pays pendant cinq ans. Je n’ai  jamais dans ce pays fait quelque chose avec le denier public en dehors de la loi. Je le dis la façon la plus solennelle.

On peut ne pas être d’accord avec moi, on peut ne pas m’aimer. Je suis un homme honnête, je respecte le bien public. Ces huit milliards ne sont pas pour moi, ne seront jamais pour moi. Je viens d’une famille modeste, je n’ai jamais été élevé dans le culte de l’argent ou d’obsession d’argent. Je voudrais que cela soit dit, qu’on critique le montant, qu’on critique le projet mais je n’accepterai pas qu’on mette mon honneur en cause parce que je n’ai jamais dans cette fonction depuis cinq ans, je ne m’en suis jamais enrichi et d’ailleurs, je profite de l’occasion pour rappeler les uns et les autres, un certain nombre de langage qui contribue d’ailleurs à banaliser l’autorité de l’Etat.

Vous entendez des acteurs de la société civile, des acteurs politiques qui viennent dans les médias et dire au gouvernement tout le monde est corrompu. L’Etat, ils sont tous riches. Je suis désolé, je le dis ici et je m’adresse à mes concitoyens, je ne suis pas un homme corrompu. Je mets au défi quiconque dans ce pays de prouver le contraire. Je suis un homme qui est attaché au respect du dénier et du bien publics. Que cela soit dit et entendu.

Comment allez-vous atteindre vous objectifs sans répression ?

Moi, je suis parfois assez sidéré de fait qu’on essaye d’expliquer une évidence qui ne passe pas. Je n’ai aucun pouvoir légal de réprimer.

Est-ce qu’il y a une synergie d’actions entre les différents départements?

C’est ce que je vous explique. Tout que vous dites là existe. Il y a un comité national d’organisation dans lequel tous ces départements sont impliqués. Je vous dis aussi une chose banale. Je vais vous faire une confidence  si j’avais dans ce pays le pouvoir de sanctionner, ça se saurait toute suite parce que je serai implacable. Ce qu’on me demande de faire, c’est de définir une politique publique de promotion et d’éducation en matière de civisme. C’est ce que je fais, au-delà, je ne fais que le recommander. Je ne suis pas le tout propriétaire de l’action alors vous pouvez me demandez sur ce que je fais. Je vous direz ce qui doit être fait mais de grâce tout n’est pas sur ma tête. Dans le comité, il y a le ministre de la Défense, il y a le ministre de la Sécurité, il y a le ministère de la Justice, il y a le ministère de l’Education, il y a le ministère de la Jeunesse, il y a le ministère des Sports. Nous proposons au gouvernement une politique publique cohérente et structurée. Il appartient à chaque département de faire son travail.

Nous avons dit dans ce pays depuis cinq ans que tant qu’il n'y a pas de sanctions, les efforts d’éducation seront difficiles et d’ailleurs c’est pour cela que le dynamisme de la société civile puisqu’il faut la saluer et sur le terrain parfois atténuer parce que justement, il n'y a pas de sanctions. L’impunité est installée autant on peut être d’accord sur le constat, autant ce n’est pas de ma responsabilité parce que je n’ai aucun pouvoir d’action de sanction.  Cela relève soit de la sécurité soit de la justice. Et un effort doit être fait dans se sens. Je pense que c’est compris de la part de différents départements. Je suis d’accord de faire le constat mais ce que je vous dis, je ne fais que ma part de travail.

Quelles sont les activités prévues, parce que l’année dernière vous avez demandé sept milliards donc c’est important de préciser combien on n’a mis à votre disposition. On suppose que huit milliard c’est énorme ?

L’année dernière nous avions demandé environ sept milliards cinq millions et quelques. Dans les sept milliards, nous avons réussi un milliard cinq cent du ministère du Budget. Et les sept milliards cinq cent de plus c'est-à-dire pour arrivée à trois milliards deux-cent quatre vingt quatorze millions. Nous avons laissé un milliards 700, nous l’avons pris dans notre budget de fonctionnement. Donc, l’année dernière sur sept milliards et quelques, nous avons reçu trois milliards de la part du budget et la moitié de mon propre budget de fonctionnement. Donc vous voyez, il n'y a pas de différence énorme par rapport aux deux années alors cette année, il y a énormément d’activités et d’innovations.

Première chose contrairement à l’année dernière, il y avait un délai, un temps qui était assez tenu. Cette année, je rappelle, c’est une activité sur l’ensemble du territoire national dans les 33 préfectures et les cinq communes de Conakry. Cette année, les agents iront dans les préfectures. Une semaine avant le premier novembre, ils vont s’installer pour prendre attache avec l’ensemble des acteurs locaux. Je rappelle que chaque préfecture a un comité préfectoral qui est composé du préfet, du maire, de la jeunesse, les directions de l’éducation, des responsables religieux, des responsables locaux de la société civile. Donc ces comités préfectoraux existent. Première innovation. Ils seront sur place pour installer des tentes sur les places publiques  et prendre contact avec les autorités de l’éducation, la société civile locale, les responsables traditionnelles, les autorités locales décentralisées ou déconcentrées pour justement préparer le terrain à l’évènement, première innovation.

Deuxième innovation de cette année: nous avons proposé au gouvernement et au Chef de l’Etat qui l’a accepté. La création à partir de cette année de deux prix. Le prix national du civisme et le prix de la paix parce que nous considérons que très souvent dans notre pays, la nation n’est pas reconnaissante pour ceux qui font du bien pour et à la nation. Il faut donc instaurer cette pratique républicaine pour la nation d’honorer ses meilleures filles et ses meilleurs fils qui travaillent pour la promotion du civisme et  la paix. Je vais rappeler que ces deux prix, tout le monde peut y concourir et en tant que personne physique, les personnes morales mais aussi les entités territoriales.

 Au niveau du prix du civisme, il y a le premier prix, le deuxième et le troisième prix c’est la même chose pour le prix de la paix. Ce qui est important avec ce prix, c’est de permettre à notre pays de créer et d’entretenir et de reconnaitre la place de modèle dans la société. Et que la nation puisse octroyer un prix avec des enveloppes qui accompagnent ce prix, à une association, à une ONG, à une personne morale, à une personne physique, à un village, à une préfecture pour dire la nation reconnait les efforts que vous faites dans le domaine du civisme et de la paix. Ça, c’est une innovation, cette année.

Troisième innovation. Nous considérons que pour construire la nation puisque c’est la thématique de cette année, il faut aussi user de l’histoire. L’histoire est un élément essentiel du processus d’édification de la nation. Nous avons proposé au gouvernement qui l’a accepté d’enclencher et d’engager un processus de baptême de nos places publiques ou rappeler l’histoire de nos héros dans ce pays. Les héros politiques, les héros religieux, nos héros traditionnels. Les fondateurs de certaines grandes localités mais de veiller à ce qui est important de créer une dynamique d’assimilation. Par exemple, nos héros religieux, sociaux, politiques, traditionnels du Fouta seront identifiés, leurs noms seront donnés à des place publiques, et d’autres localités pas de Fouta pour permettre aux enfants de ce pays de savoir que nous avons et que nous pouvons avoir une nation et que monsieur tel qui est né de telle région lui donner, le nom d’une autre région et que les enfants de cette région se rappellent que cette nation a été aussi construite par monsieur tel qui n’est pas de sa communauté d’origine, inversement. Le baptême de places publiques sera célébré.  Chaque ministre parrainera une préfecture dans les 33 préfectures pour justement donner toute la solennité à cet évènement.

Une Synthèse d’Alpha Amadou Diallo                            

           

Elhadj Biro Kanté était le maire de la circonscription de Beyla, située au Sud-est de la Guinée.  Selon lui, la loi cadre de 1956 a été le basculement du processus de la décolonisation. A l'en croire, ladite loi a permis de supprimer la chefferie coutumière. Qui était, dit-il, une sorte de pilier central sur lequel les autorités coloniales s’appuyaient pour son commandement. 

Pour Elhadj Biro Kanté, le référendum du 28 septembre lui avait trouvé à Beyla en tant que maire de cette circonscription. « C’était une journée de fête  parce que le référendum était bien préparé avant. La chefferie coutumière était supprimée, le commandant de cercle qui était là, c’était un figurant. C’est nous qui avions organisé les élections. Il n’y avait pas d’opposition dans le vote. Le PDG RDA était le parti le seul représenté dans les bureaux : les présidents des bureaux de vote, les assesseurs : tout le monde était PDG RDA. L’enthousiasme était-là », se rappelle-t-il.

A la question de savoir comment le PDG RDA a pu réussir à convaincre la population avant le référendum, l'ancien maire de Beyla dira ceci: « vous savez, la loi cadre qu’on appelait la loi Garson Lefer a été votée en 1956. Elle a permis d’élire les conseils généraux, lors de ces élections. Le PDG a raflé les 98%. Ainsi, nous avons eu à organiser et à supprimer la chefferie coutumière. Quand la chefferie coutumière était supprimée, les autorités coloniales n’avaient plus de base. Les autres partis politiques existaient que par le nom ».

Parlant de l’adhésion aux idéaux du PDG RDA, l’ancien maire de Beyla de a souligné que les idéaux du parti étaient d’abord d’obliger le colonialisme à accepter l’égalité de tous les citoyens. « C’est dans cette lutte que le peuple de Guinée a adhéré à notre programme », explique-t-il au micro de nos confrères de la RTG.

Il a aussi rappelé les chiffres du référendum qui a permis à la Guinée d’être indépendante en 1958. Sur un total de 1 405 988 inscrits, il y a eu 1 200 171 votants.  « Vous voyez, il y avait de quoi a arracher l’indépendance. Le président Sékou Touré, nous a dit de voter non et nous avons tous voté non, ce jour », a-t-il conclu.

Richard TAMONE

Ben Youssouf Kéita est un député de l'Union des forces démocratiques de Guinée -UFDG-. Il est membre de la Commission Santé et Education à l'assemblée nationale. Cette semaine, il a accordé une interview à votre site Lejourguinee.com. Avec l'honorable Kéita, nous avons évoqué son parcours, l'assemblée nationale, la situation sociopolitique du pays, etc. Interview

Vous êtes député à l’Assemblée nationale, dites- nous vous êtes né où ?

Je suis né à l’orée de l’indépendance à Kouroussa, en Haute Guinée.

Comment avez- vous débuté votre carrière professionnelle ?

Ma carrière professionnelle a débuté, après mes études universitaires et post universitaires en médicine. Je suis diplômé de la faculté de médecine de la Havan Cuba, spécialisé en chirurgie digestive.  Je suis en même médecin des hôpitaux de Paris.

Donc, après mes études, j’ai servi comme chirurgien chef à l’hôpital régional de Mamou à l’époque. C’était au temps de Sékou TOURE. Et pendant 5 ans à Aredor, la société diamantifère mixte anglo-guinéenne. Où j’ai gravi tous les échelons, chirurgien chef et entre temps je suis devenu secrétaire syndical, des 1 500 travailleurs.

Et J’ai débuté ma carrière sur le plan de l’investissement auprès des personnes vulnérables. Et de là, j’ai continué en France. Politiquement, j’ai décidé d’arrêter en France et de revenir au pays.

Et celui que j’avais choisi comme model de leader, c’est Elhadj Cellou Dalein Diallo. Toujours comme médecin, je travaille dans les hôpitaux privés, dans les cliniques privées. Notamment à l’hôpital Flamboyant. Je suis partagé donc entre les consultations et des interventions chirurgicales pendant mes périodes de repos parlementaires et l’Assemblée nationale pendant les sessions parlementaires.

Pourquoi avez-vous choisi de rentrer en Guinée alors que vous travailliez en France?

C’est une conviction marquée par la vision et l’ambition pour mon pays. Un patriote, ce n’est pas les expatrié qui vont développer votre pays pour vous, l’ex-président des Etats-Unis, Georges Kennedy, je veux dire, a dit quand il a été élu président, ne vous demandez pas ce que les Etats-Unis doivent faire pour vous. Mais il faut vous poser la question qu’est-ce que vous vous allez faire pour les Etats-Unis. Et j’en ai fait la mienne.

Qu’est -ce que mon pays doit faire pour moi. Il en a déjà fait. J’ai bénéficié du soutien de l’Etat du début jusqu’à la fin de mes études pendant le régime de Sékou Touré. Alors mes parents n’ont pratiquement rien déboursé. J’ai eu mon bac en 1973, j’ai été lauréat j’ai eu une mention.

Tout a été pris en charge par mon pays. Et après avoir bénéficié de tant de largesse de mon pays qui m’a vu naitre, qu’est- ce que moi je peux faire pour la Guinée. Je me suis dit, il serait mieux pour moi de rentrer au pays apporter ma contribution à l'édifice de la nation.

Maintenant sur autre plan plus large, influençant la politique sanitaire de mon pays. Sur le plan politique, c’est cela qui pourrait me donner une aura plus large. Et au lieu que cela soit un impact local, ma contribution aura un impact national en m’investissant en politique. Il ne faut pas que tous les cadres, tous les bons cadres, comme y en a assez, restent à l’étranger. Si nous restons tous à l’étranger, qui va développer le pays, qui va aider le pays, qui va apporter son expertise, qui va impulser la croissance dans tous les sens.

Ce sont ceux qui ont bénéficié de cette expertise internationale, qui peuvent venir donner un sang vif et neuf. Voilà donc, la raison pour laquelle, j’ai abandonné tout et je suis venu. Aujourd’hui, Dieu merci, je suis député et membre de la commission santé et sécurité, où je peux vraiment apporter pour améliorer le système sanitaire guinéen.

Est-ce que vous le ferez autant pour vos enfants, pour les faire venir servir le pays ?

J’ai dit à mes enfants, qu’après leurs études, par ce que j’ai exigé d’eux, d’étudier au maximum possible afin d’avoir beaucoup de diplômes, de ne pas se presser. Autant ils peuvent accumuler de diplômes, autant ils peuvent accumuler d’expériences, de connaissances.

Autant cela est bon pour eux, et pour mon pays. Je leur ai tous dit, surtout les garçons, par ce que les filles ça dépend de leur mari, ami autant qu’ils sont, de revenir servir la Guinée. Ils trouveront toujours leur place et leur salaire ne sera pas misérable. Ils n’auront pas un salaire comme la France ou la suisse où ils sont. Mais, ils auront un salaire qui les permettra de vivre dignement. Et ce qu’ils apporteront à la Guinée sera extraordinaire. Ils sont convaincus et ils vont tous revenir.

Quelle image avez-vous aujourd’hui de l’assemblée nationale dont vous faites partie ?

C’est la première fois en Guinée ou en          Afrique même qu’une assemblée nationale présente un tel visage. Cette assemblée nationale a effectivement 113 députés. Nous de l’UFDG, nous sommes 37. Ce qui est une première. Sans oublier que la mouvance présidentielle n’a pas la majorité, parce que vous avez l’alliance républicaine qui se réclame de l’opposition.

Mais si on prend l’opposition pure et dure, nous sommes 37. Ça, c’est extraordinaire. Cela donne un vrai visage à notre assemblée, un véritable débat démocratique, et c’est dans la contradiction. C’est dans la discussion que jaillisse la vérité. Comme c’est la démocratie, elle peut paraitre au grand jour, tout comme ça peut ne pas être.

Et comme, c’est la majorité simple qui est requise par la mouvance, elle peut faire voter les lois simples, mais pas les lois organiques où il faut les 2/3. Parce que nous avons une minorité absolue. Et cela fait en sorte, il y a toujours des débats très houleux à l’assemblée. Il y a des débats très intéressants. On en vient même aux coups de points, aux injures. C’est cela qui montre la vitalité de la démocratie.

Je me félicite de cela aujourd’hui très sincèrement, en tant qu’intellectuel, en tant qu’homme expérimenté. Parce que c’est la première fois  cela se passe ainsi. Sinon, nous avons vu ici des assemblées monocolores. 

Depuis l’indépendance, on sait ce qui s’est passé. Les 95 pourcent sont de la majorité. Le temps du PDG, c’était le parti unique. Après Lansana conté est venu. Là, aussi, il y avait   quand même quelques opposants,

Comme le Chef de l’état actuel, comme Bah Mamadou lesquels, nous avons hérité l’UFDG,  les Siradjo, Jean marie Doré pour ne citer que ceux-ci qui étaient et qui siégeaient au compte de l’opposition. Mais le nombre était très réduit et le parti au pouvoir avait la majorité écrasante, une majorité absolue, plus même que la majorité absolue, par ce qu’il avait les ¾ des députés. Donc, c’est la première fois qu’on ait une assemblée, comme celle qu’on a aujourd’hui.

Quelle perception avez-vous de la situation sociopolitique actuelle de notre pays ?

Je suis d’abord au regret de constater qu’à l’orée encore du 21e siècle que des Guinéens tombent sous les balles des forces de l'ordre  qui sont supposées les protéger pour des raisons purement politiques. Et en plus pour des raisons sociales.

Vous avez vu tout récemment deux jeunes à l’âge de la fleur qui sont tombés sous les balles, tirées à bout portant, à balles réelles, qui ont  leur corps à l'hôpital Donka. C'était à l'occasion de la manifestation du 20 septembre 2017.

Il y a encore des blessés par balles qui sont hospitalisés.  Ça c’est politique et sur le plan social, vous avez vu à Boké où on réclame courant et l’eau des jeunes ont été tués, à Kamsar également, ils n’ont même pas une semaine encore. Ces morts nous interpellent, alors je puis vous dire que la situation actuelle de notre pays est désolante.

Alors est-ce qu’il n’est pas temps pour l’opposition de trouver une autre stratégie, sans sortir dans la rue pour manifester ?

C’est l’unique moyen que nous avons. C’est ce que la démocratie nous confère. La constitution en son article 10 stipule que pour avoir des idées contraires, des opinions contraires, pour être opposé à la gouvernance de l’heure, l’opposition peut descendre dans les rues. Après avoir informé les autorités, c’est ce que la loi nous confère et elle nous ne confère pas autre chose. Elle nous interdit aussi de recourir aux armes, ce sera une insurrection, (...)

Si on n’est pas d’accord avec la gouvernance, il nous ait autorisé de manifester pacifiquement. Ce que cela a comme impact, c’est attirer l’attention nationale et internationale et ouvrir les yeux des dirigeants peut être qui ne sont pas informés. Et si les vendeurs d’illusion ne disent pas la vérité au président, la ville est paralysée, il aura les yeux ouverts. Et après, il prendra les dispositions qu’il faille. Et voilà, c’est pourquoi nous allons manifester tant que les revendications et surtout les conclusions du dialogue ne sont pas appliquées.

Quelle stratégie préconisez-vous pour bien préparer les élections locales ?

C’est un secret de polichinelle. Je ne cacherai pas notre stratégie. Elle est très simple. Notre stratégie se base sur l’état d'exaspération de la population actuelle: pas d’eau, une vie difficile, à peine le panier de la ménagère atteint trois fois dans la journée, la santé qui bat de l’aile, l’éducation traine les pas.

Sur 95 pourcent des Guinéens, on lit sur leur vissage le désespoir, la hantise, et voter pour nous, c’est nous la solution. Et c’est sur ça que nous allons battre campagne, faire le porte-à-porte. C’est la bouche, pour leur dire donnez-nous beaucoup de maires, donnez-nous beaucoup de chefs de quartiers, donnez-nous la majorité à l’assemblée. C’est cela notre stratégie.

Nous ne sommes pas l’état qui distribue l’argent. Vous avez vu le président qui distribue l’argent, ça circule sur tous les réseaux sociaux. Et vous avez vu, c’est cet argent qui devrait servir la construction des routes qui a été distribué lors de la campagne électorale de 2015. Et cet argent aussi qui a servi pour faire la campagne du président, tout cela c’est la corruption. Nous, de l’opposition, c’est ce que nous dénonçons. Nous n’avons pas d’argent et même si nous en avions, nous allons investir dans le développement.

Est-ce qu'on vous avez été interpellé par rapport à la signature de l’accord cadre portant sur 20 milliards USD ente l’Etat guinéen et la Chine?

En tant que Guinéen d’abord, c’est une très bonne nouvelle dans mes oreilles, et en tant que patriote, j’applaudis des deux mains, tout en souhaitant que ça ne soit pas un vœu pieux, tout en espérant que cela devienne une réalité. Maintenant  en tant que député, nanti de la confiance du peuple, avec pour mission de le représenter, de le défendre, de contrôler l’action gouvernementale et de voter les lois, j’attends maintenant de rentrer en possession du document, d’étudier, de voir les pour et les contre,  de voir les contrats, de déchiffrer, et de savoir quels sont les avantages, quels sont les inconvénients, quelles sont les mines qui vont être données, en quelle quantité et en quelle qualité, pour me prononcer de manière officielle.

Parce que j’aurai le mandat de voter pour ou contre. En ce temps, j’aurai bien lu entre les lignes en tant qu’intellectuel. Après avoir compris tous les détails, mais pour le moment, c’est une bonne nouvelle. C’est comme si on met le miel dans les oreilles, et je souhaite que ce miel vienne sur ma langue. Et ça viendra sur ma langue seulement quand je verrai, j’aurai compris que c’est un bon contrat pour la Guinée pas seulement pour nous mais pour les générations futures.

Vous faites partie de la commission santé et éducation à l’assemblée nationale. Quelle lecture faites-vous du système sanitaire guinéen ?

Comme l'a dit le président, il est malade ce système, comme le système éducatif. Aujourd’hui, il y a  un seul hôpital qui répond aux normes internationales. C’est l’hôpital international sino-guinéen de kipé. Comme vous savez, il n’est pas à la portée de tous les Guinéens parce qu’il faut débourser beaucoup d'argent pour avoir un simple carnet de consultation. En dehors de cela, il y a l’hôpital centre hospitalo- universitaire de Donka, et le Centre hospitalo-universitaire de Ignace Deen.

Mais vous avez vu à Ignace Deen, il n’y a même pas de radio numérique. Vous avez 7 hôpitauxrégionaux : Boké, Kindia, Mamou, Labé, Kankan ; N'Zérékoré. Ils ne sont pas dans les normes. Il y a 26 hôpitaux préfectoraux et 304 centres de santé. Cela veut dire sur toute l’étendue du territoire national, nous avons des structures sanitaires, mais toutes ces structures sanitaires sont rétrogradées. Ils ne sont pas aux normes internationales, il n’y a pas d’équipement de pointe, ils sont vétustes. A peine certains hôpitaux ont une radio, ou échographie, il n’y a pas d’eau, ni courant.

Je vous ai dit même à Ignace Deen, il n’ya pas de radio numérique. Et nous avons des cliniques privées et quand je prends par exemple Ambroise paré, nous avons d’autres cliniques, ce n’est pas les infrastructures qui manquent, mais nous n’avons pas la qualité. Ces centres de santé existent.  Ça, c’est sur le plan infrastructurel. Mais ils sont mal équipés, ils sont mal entretenus.

Cependant sur le plan personnel, nous avons la quantité.  Parce que sur 12 millions de Guinéens, nous avons 1 500 médecins. C’est largement suffisant. La quantité est là mais il n'y a peu de spécialistes. Les infirmiers et ATS, nous avons 4 500. Normalement, nous avons besoin d’un infirmier pour 4 000 habitants. Donc, il y a la quantité à ce niveau aussi. Très peu qui est très bien formé. Il y a très peu parmi eux qui ne peuvent même pas manipuler les machines. Et les 80 pourcent de ces médecins sont dans les zones urbaines, et les 60 pourcents aussi sont à Conakry, alors que Conakry ne vaut que 15 pourcent de la population guinéenne.70 pourcent de la population est rurale. Seulement 30 pourcent est urbaine. 

Donc, du coup, le plus grand nombre de ces médecins s’occupent que de la petite partie de la population. C’est pourquoi la pyramide est renversée. Et avec ça, le système sanitaire ne va aller nulle part. Pour remédier à cela, il faut non seulement renverser cette situation, il faut que beaucoup de médecins partent à l’intérieur du pays pour que les populations reçoivent le bon soin. Il faut équiper les hôpitaux, ou il faut les reconstruire.

Dans les régions, il faut de grands hôpitaux, à l’image de Ignace Deen et Donka qu’on est en train de rénover. Si on ne peut pas le faire dans toutes les régions, mais on peut le faire dans les 4 régions naturelles. Il faut qu’on ait des plateaux techniques, qu’on est le courant, qu’on est l’eau et avoir des spécialistes partout et de tout genre qui vont à l’intérieur. Si cela est fait, on peut changer le système sanitaire, en encourageant bien sûr  le traitement pour ces médecins.

Mais si un médecin quitte la maison sans donner la dépense, son enfant pleure, sa femme a réclamé un pagne qu’il n’a pas pu l'acheter, son enfant n’est pas allé à l’école, évidemment, c’est la population qui va en pâtir, c’est le médecin qui va soigner à moitié. J’insiste là-dessus, il faut bien payer les médecins le minimum, ce n’est rien cela. Mais vous ne pouvez pas payer un médecin spécialiste à 2 500 000 GNF  alors que le loyer fait un million et son carburant fait un million. Il lui reste 500 mille. Comment peut-il faire bon travail? Il faut qu’ils soient bien payés et au minimum 10 millions GNF  et on peut le faire.

Est-ce qu’aujourd’hui vous avez l’espoir pour une bonne politique sanitaire en Guinée?

Mon espoir repose sur la bravoure, sur la dignité, sur le patriotisme  et sur le caractère pionnier du Guinéen, sur son courage de l’innovation. Le peuple de Guinée a donné l’exemple, en 1958. Nous avons été les premiers à dire non aux colons blancs et 2 ans après, les autres pays ont suivi.  En 1960, nous avons créé notre propre monnaie. Nous avons été le seul pays qui a pu repousser la rebellions en 2000 et comme l’agression de 1970, le peuple s’est levé. Vous avez le 28 septembre 2009. Le même peuple s’est aussi levé. Et si, ce régime aussi continue à montrer ses limites, le peuple risque de se lever pour exprimer son-ras-le-bol. Il ya déjà des grondements, il risque d’avoir un changement, je ne souhaite pas, mais un changement violent. Pour cela, nous souhaitons que la démocratie s’installe, les élections communales et communautaires se tiennent pour le bonheur du peuple de Guinée.

Propos recueillis par Assimainou DIALLO

Le juriste Karamo Mady Kamara a une autre lecture du fonctionnement de l’INIDH. Dans cette interview accordée à notre rédaction, il souhaite que cette institution soit dotée plus de moyens. Evoquant les assassinats, il a dit que c'est inquiétant qu’à chaque fois des personnes soient tuées lors des manifestations en Guinée. Interview

L’opposition a suspendu sa participation au niveau du comité de suivi. Elle a manifesté le 20 septembre dernier. Quelle analyse faites-vous de cette situation ?

Je constate que l’opposition est dans sa logique de revendications qu’elle a toujours prônée depuis ces dernières années. Nous savons que le comité de suivi qui a été mis en place, a été la conséquence directe des insuffisances qui ont été constatées dans les accords politiques entre le gouvernement et l’opposition. Et ce comité devait servir de tremplin pour permettre le dialogue entre ces deux entités. Malheureusement, il y a que beaucoup de déconvenues se sont fait sentir et les points qui sont contenus dans l’accord du 12 octobre n’ont pas pu être respectés dans leur totalité. C’est vrai qu’il y a eu beaucoup d’avancer, mais il y a des retards à certains points. C’est dans cette logique que l’opposition a manifesté. Ce qui ne résout pas fondamentalement le problème de mon point de vue. Ça vient encore une fois poser de nouvelles exigences parce que les manifestations malheureusement aboutissent à des pertes en vies humaines à des blessés et à des dégâts matériels. Alors tout cela devra encore faire l’objet d’une nouvelle revendication, parce que l’opposition exige qu’il y ait une enquête sur ces différents cas. Donc, j’estime qu’il aurait fallu faire en sorte que les revendications soient posées au niveau du comité de suivi du dialogue et faire tout ce qu’il y avait comme nécessité de lobbying afin de faire avancer les points qui étaient des points divergents. J’estime que dans les deux camps chacun a manqué de responsabilité. C’est-à-dire, le gouvernement n’a pas suffisamment démontré sa volonté politique à pouvoir avancer les choses et l’opposition aussi souffre d’impatience. Finalement, elle a repris encore les rues comme elle l’avait toujours promis.

Que pensez-vous des évènements de Boké et de Kamsar ?

A Boké, il faut dire, c’est simplement lié au manque d’anticipation de l'Etat. Il n’y a pas de plan de développement qui soit cohérent dans notre pays. Cela conduit à une gouvernance à vue. A Boké, ce qui est arrivé, c’est un déficit de planification. Or, la planification sert toujours de base à l’anticipation. Les populations sont dans une zone qui est immensément riche, suffisamment exploitée mais sa population est extrêmement pauvre, ça c’est inacceptable.

La question de l’électricité est sempiternelle dans tout le pays mais spécifiquement pour le cas de Boké. Il y  a déjà eu une première manifestation qui avait abouti au mois d’avril aussi à cette même conséquence que nous connaissons aujourd’hui.

Malheureusement, le gouvernement n’a pas pris la dimension du problème, il y a eu beaucoup de temps qui se sont écoulé sans pour autant qu’il y ait des réactions positives de la part de l’Etat. Alors, cela voudrait dire que les populations se sont senties offusquées, complètement délaissées de la part de l’Etat. C’est pour ça, qu’ils ont repris ces mêmes manifestations parce que les mêmes causes conduisent toujours aux mêmes effets.

Mais, ce qui est déplorable, par contre c’est la manière. Je déplore que des manifestants s’attaquent aux édifices publics, qu’il y ait beaucoup de casse et d’actes de vandalisme. C’est pour cela, je dis justement que si les populations pour des raisons d’électricité aujourd’hui détruisent tout, où vont-elles demain quand l’électricité reviendra réclamer encore à l’Etat la reconstruction des édifices brulés par elles-mêmes ? Donc, je crois dans l’un ou dans l’autre cas, il faudrait que l’Etat anticipe sur les actions à mener dans le cadre du développement local et qu'aussi la population ait un sens élevé du civisme pour ne pas que les casses soient une attitude pérenne de notre survie.

Que ça soit Boké, Kamsar ou Conakry, des personnes ont été tuées lors de ces dernières manifestations. Est-ce que cela n’est pas inquiétant pour un pays qui se veut respectueux des droits de l’homme ?

Oui ! je suis tout à fait d’accord avec vous. Il y a énormément des cas de morts liés aux manifestations dans notre pays qui sont restés non élucidés et ça c’est très grave. La question des droits de l’homme fait partie de ce qu’on appelle les 4 D de la gouvernance, c’est-à-dire la démocratie, les droits de l’homme, le développement durable et la diversité culturelle.

Donc, les droits de l’homme sont un pilier fondamental de la démocratie dans la gestion des Etats aujourd’hui. Il est donc important que l’Etat puisse se rendre compte qu’il y a matière à ce que la justice fasse son travail pour que ceux qui se sont rendus coupables d’exaction puissent répondre de leur forfaiture. Mais aussi que l’Etat instaure son autorité pour ne pas que nous nous retrouvions dans une situation comme celle-ci.

Depuis tout le temps, notre pays a brillé par son incapacité à pouvoir respecter ses engagements vis-à-vis de ses concitoyens. L’expression des libertés collectives devra se faire dans un cadre bien défini et lorsqu’il y a des manquements, il faudrait que l’Etat sévisse et l’Etat doit sévir à travers ses institutions. C’est la justice.

Donc, j’estime que l’Etat ne joue pleinement son rôle dans le cadre de la protection des libertés individuelles et collectives parce que les manifestations sont consacrées par la constitution en son article 10. Il appartient à l’Etat de garantir l’exercice des droits par les citoyens. Lorsque maintenant les citoyens outrepassent ces mesures, l’Etat devra sévir dans toute sa rigueur. Mais, j’invite le gouvernement à faire toute la lumière sur ces cas de morts qui viennent se rajouter encore à ceux que l'on a connus. Il y a déjà 2 morts dans le cadre de la manifestation de l’opposition, il y a aussi des cas d’exaction à Boké et dans d’autres villes. Tout cela doit faire l’objet de clarification et surtout de responsabilité devant les institutions judiciaires.

L’INIDH fonctionne à peine. Ne serait-il pas nécessaire de reformer cette institution ?

Je ne parlerai pas de réformes. Je parlerai plutôt de moyens. Il faudrait lui donner les moyens de son action, parce qu’une ambition sans les moyens est un suicide. Il faudrait à ce qu’on donne à l’INIDH tous les moyens nécessaires pour pouvoir mener pleinement sa mission. Il est vrai que l’institution a été mise en place depuis une ou 2 années, mais elle peine à fonctionner parce que les moyens qui doivent lui être mis à disposition n’existent pas. La question des droits de l’homme exige énormément de moyens. C’est-à-dire que chaque fois qu’il y a des violations, chaque fois qu’il y a des manifestations, il faudrait que cette institution soit présente partout pour constater les différentes violations qu’il y a pour qu’elle puisse faire portevoix non seulement au près du gouvernement, mais aussi auprès de toutes les autres institutions afin que les droits humains soient respectés dans notre pays.

Malheureusement, elle est relayée au second plan peut-être pour des raisons qui sont propres au gouvernement de ne pas lui donner les moyens de sa politique. Mais, je pense que si une institution constitutionnelle comme elle est mise en place, il faudrait qu’elle puisse bénéficier de tous les moyens, de tout l’accompagnement, afin qu’elle puisse jouer son rôle.

Je suis très optimiste que dans les prochaines années évidemment les choses seront améliorées. Mais en l’état actuel des choses, il ne faudrait pas qu’elle encombre parce que cette institution est comme un boulet dans les pieds du gouvernement.

L’AVIPA menace de saisir la Cour de justice de la CEDEAO. Est-ce que cette Cour est compétente pour juger l’affaire du 28 septembre ?

Ce qui s’est passé au stade du 28 septembre est considéré comme étant une infraction qui relève des crimes de masse. Et lorsqu’il s’agit des crimes de masse, que ça soit les génocides ou comme le crime qu’il y a eu au stade du 28 septembre par exemple, cela constitue normalement de la compétence de la CPI. Mais il faut préciser que la CPI a une compétence subsidiaire par rapport aux juridictions nationales. C’est-à-dire, il appartient d’abord aux juridictions guinéennes de se saisir pleinement du dossier et de le faire avancer. Lorsque des manquements auraient été constatés dans la gestion ou dans l’incapacité des juridictions guinéennes à pouvoir traiter les dossiers, la CPI peut maintenant s’approprier le dossier et le faire avancer.

Dans l’un ou dans l’autre, je constate que les parents des victimes et les victimes elles-mêmes, s’impatientent pour connaitre la vérité dans ce dossier. C’est pourquoi, elles pensent aller vers la CEDEAO à l’effet de pouvoir trouver une réponse à ce problème qui est posé. Cette Cour a une compétence qui est liée aux droits humains. Elle peut être saisie dans le cadre de violation des droits de l’homme à ce moment. Ce qui s’est passé au stade du 28 septembre est foncièrement une violation des droits de l’homme. En ce moment la Cour a effectivement la compétence. Mais la CPI a une compétence beaucoup plus large à laquelle la Guinée a adhéré. Ce qui fait qu’elle s’approprie automatiquement de ce dossier parce qu’il est déjà inscrit dans le statut de Rome que c’est à la CPI que cette compétence a été confiée  à travers les Etats qui ont ratifié ce traité. C’est pour ça, la CPI vient avant. Donc, je ne vois pas de mal à ce que les parents de victimes et les victimes aillent vers cette Cour de justice de la CEDEAO. Mais je pense qu’il serait beaucoup plus judicieux de mettre la pression pour que les juridictions nationales puissent se prononcer parce que ce sont elles qui ont beaucoup plus de l’attitude de pouvoir traiter. C’est d’autant plus que beaucoup d’inculpés déjà sont sur le sol guinéen, les évènements ont eu lieu sur le sol guinéen, les témoignages pourront se faire très facilement sur le sol guinéen que de pouvoir déplacer aussi bien à la CEDEAO qu’à la CPI.

Croyez-vous à la tenue de ce procès avant la fin de l’année 2017 ?

J’ai l’optimisme de ma volonté, mais le pessimisme de la réalité. L’optimisme de ma volonté parce que le gouvernement prend les engagements à l’effet de pouvoir organiser ce procès avant la fin de l’année. Il y a encore des actes qui sont en train d’être posés, c’est le suivi que la CPI fait du dossier. ça nous donne de l’optimisme. Par contre, j’ai le pessimisme de la réalité parce que les moyens nécessaires à la tenue de ce procès ne sont pas encore effectifs. Parce qu’un tel procès exige beaucoup de moyens. Cela encore n’est pas mis en place.

L’organisation judiciaire ad hoc qui devra être mis en place pour permettre de traiter cette question n’est pas encore mise en place. Il y a un maillon important du procès du 28 septembre qui se trouve être le capitaine Moussa Dadis Camara qui n’est pas sur le sol guinéen, le général Konaté n’est pas sur le sol guinéen et d’autres personnes hauts gradés qui sont encore en fonction qui n’ont pas été complètement demis de leur fonction pour faire face à la justice. J’estime qu’il serait plus opportun de mettre en place tous les autres moyens nécessaires à la tenue de ce procès en terme de matériels, en terme d’humain pour que la vérité puisse être dite dans ce dossier qui constitue quand même un pan important dans l’histoire de notre pays.

Interview réalisée par Sadjo Diallo

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