Le président du Parti des Démocrates pour l'Espoir -Padès- s'est exprimé sur la situation de l'Education en Guinée. Depuis près de deux semaines, les cours sont suspendus dans les établissements publics et privés du pays par les ministres en charge de ce secteur.  Comment Ousmane Kaba voit-il cette situation d'impasse?

La suspension des cours sur initiative des ministres de l'Enseignement pré-universitaire et de la Formation professionnelle suite à une grève du syndicat des enseignants n'est pas bien vue par le président du Padès, le Dr Ousmane Kaba. Interrogé sur  la situation de l'éducation qui prévaut actuellement en Guinée, lundi 12 février 2017 par nos confrères d'Espace fm,  il a déclaré que c'est le résultat de "l'improvisation" de nos gouvernants.

Il ajoute que "c'est l'amateurisme au sommet. Imaginez des ministres de l'éducation, au lieu de faire des réformes pendant les vacances pour redéployer les enseignants [dans les écoles] pour qu'à la rentrée tout se passe bien, ils (les ministres, ndlr) se réveillent en pleine année scolaire pour faire des modifications avec des classes vides".

Le Dr Ousmane Kaba ne trouve pas fondées les accusations contre les enseignants contractuels car, estime-t-il, "si les enseignants ne sont pas  compétents, ils sont là depuis des années. Ce que j'ai dit la méthode est un désastre. Je condamne le timing et non le test".

Pour ce qui est de la dénonciation de fraude liée à l'organisation du concours de recrutement, l'ancien président de la Commission Economie et Finances se réserve le droit d'accuser qui que ce soit parce qu'il ne dispose pas d'éléments matériels.

Cependant, avec la situation de l'éducation actuelle en Guinée, le fondateur de Koffi Annan prévient: "un pays qui ne met l'accent sur l'éducation dans tous ses compartiments est un pays condamné à végéter dans la pauvreté".

Quelle solution pour l'éducation en Guinée?

Pour le Dr Kaba, il n'y a pas à passer par mille chemins. Les réformes doivent être effectuées à la base et non au sommet.  "Il y a beaucoup de difficultés dans l'éducation. Mais, si vous me demandez,  je dirai le problème plus urgent, c'est le problème de l'enseignement primaire parce que c'est la base et c'est là qu'on a effectivement des problèmes", note-t-il en fin connaisseur de ce domaine étant enseignant de profession.

Selon lui, "la Guinée est victime de beaucoup de réformes improvisées  par le passé qui se sont répercutées par la faiblesse de niveau au cycle primaire. Et ça c'est un gros problème".

Ce n'est pas le seul problème décelé par le fondateur de l'une des plus grandes universités du pays. Il martèle, contrairement à l'idée répandue, que l'enseignement privé en Guinée n'est pas cher. Pour preuve, il dira que "dans le budget de 2017, le ministère de l'Enseignement Supérieur est de 914 milliards GNF. Dans cette somme, le secteur privé a moins de 300 milliards soit moins du tiers. Le privé n'est pas cher.  Le tarif dans les universités privées, c'est 500 dollars en Guinée, au Maroc c'est 4 000 dollars, 15 000 ou 20 000 dollars aux USA".

Mais le paradoxe dans tout cela, explique le Dr Kaba, l'élite guinéenne amène ses enfants à l'extérieur pour étudier tuant ainsi "l'éducation chez nous" parce que n'encadrant pas les bonnes universités de la place.  Elle ne fait rien encore "pour l'université publique".

Amadou Kendessa Diallo

+224 664 24 54 78

Le président de la République doit avoir le courage d'écouter le peuple au risque de voir chaque jour des manifestations dans les rues de Conakry. Les élèves des établissements publics et privés sont en train de passer à la vitesse supérieure. Ce lundi, ils ont paralysé beaucoup d'axes routiers de la capitale pour exprimer leur colère face à la sourde oreille des autorités éducatives et du gouvernement.

Après une première vague de manifestations qui a touché même le cœur du Département en charge de l'Enseignement, le gouvernement n'a pas su trouver des solutions. Mais plutôt reporter les problèmes. En octroyant dix jours de congés forcés aux élèves, à pratiquement un mois de la reprise des cours,  sans trouver une issue de sortie de crise avec les syndicats en grève, cela laissait forcément entrevoir l'émergence d'une épreuve de force au sein des syndicats réunis en une plateforme dénommée Unité d'Action Syndicale.

C'est pourquoi ce lundi, de Kipé à Matoto en par l'axe le prince, ils étaient nombreux les élèves à exprimer leur désapprobation face aux méthodes archaïques des Kourouma de la Fonction Publique et de l'Enseignement pré-universitaire accusés de gérer à leur guise le recrutement et l'affectation des fonctionnaires de l'enseignement public.

Ces manifestations qui sont devenues récurrentes ces derniers temps, si on y prend garde, risquent de devenir une patate chaude entre les mains du gouvernement.

Il urge que les autorités compétentes fassent tout pour trouver une entente avec les syndicats grévistes sur leurs revendications respectives afin de calmer cette clameur populaire. Faute de quoi, la révolte dans les écoles risque de créer de gros soucis aux différents responsables en charge du secteur.

Mohamed Sylla

 

Dans le cadre de l’appui à la communauté villageoise, l’ambassade du Japon en Guinée a procédé à l’extension et à la rénovation de l’école primaire de Kouria centre. La remise officielle de ces ouvrages s’est déroulée, ce 21 décembre 2016, à Kouria dans la préfecture de Coyah en présence de l’ambassadeur du Japon M. Hisanobu Hasama.

Ce projet d’extension et de rénovation des infrastructures scolaires de l’école primaire de Kouria centre est le fruit de la collaboration entre l’ONG- Synergie Africaine pour les Actions de Développement Durable (SAADED), l’ambassade de Japon et la commune rurale de Kouria.

Le projet a consisté à la construction de deux nouveaux blocs de trois salles de classe chacun, la rénovation de trois autres bâtiments de six salles de classe, la construction d’une direction de quatre bureaux et de six cabines de latrines en cours. Ce projet a été entièrement financé par le Japon à hauteur de 197 539 USD soit environ plus de 1 700 000 000 GNF.  

Pour Mamadou Doumbouya, le directeur exécutif de l’ONG- Synergie Africaine pour le développement Durable (SAADED), qui a exécuté ce projet,  l’idée de construire cet édifice s’inscrit dans l’objectif de son ONG qui est celui d’accompagner les populations les plus défavorisées de l’arrière-pays pour l’amélioration des conditions de vie.

"L’une des missions de mon ONG consiste à engager des actions de développement durable à travers la protection de l’environnement et la réalisation des infrastructures d’intérêt communautaire. Avec le présent projet, notre ONG a répondu aux besoins des autorités de Kouria en termes d’infrastructures scolaires pour quelques années. J’ai la conviction qu’un cadre de travail motivant et la réduction de pléthore d’élèves dans les salles de classe devraient favoriser un meilleur cadre d’études", souligne M. Doumbouya.

Les travaux ont été réalisés pendant une période de neuf (9) "grâce à la coopération japonaise qui s’illustre dans l’appui au secteur éducatif guinéen à travers la construction et la rénovation de plusieurs infrastructures scolaires dans le pays et particulièrement à Coyah et ses environs".

Le délégué scolaire de l’Enseignement élémentaire de Kouria, Camara  Abdoulaye,  a, au nom de la directrice de l’éducation de Coyah, a remercié les donateurs ainsi que l’ONG qui a exécuté le projet. "Nous pensons que la réalisation de ces infrastructures mettra fin" aux problèmes d'alternance des cours.

L’ambassadeur du Japon en Guinée, M. Hisanobu Hasama, a de son côté remercié l’ONG-SAADED pour  avoir entrepris l’initiative de ce projet. "C’est grâce à la contribution du peuple japonais que la réalisation et la rénovation de cette école a été réalisé. Ce montant de 197 539 USD soit environs  plus de 1.700.000.000GNF a permis la construction de six salles de classes et le mobilier nécessaire, la rénovation de quatre bâtiments anciens dans un confort et de sécurité pour les élèves et le corps enseignant", souligne Hisanobu Hasama.

Pour le diplomate, la réalisation de cette infrastructure montre clairement que le gouvernement du japon contribue dans le secteur de l’éducation en Guinée. Il ajoute que son pays "entend poursuivre son appui dans l’éducation".  SEM HASAMA demande l'entretien à bon escient des infrastructures afin de permettre aux enfants d'avoir une formation de qualité.  

Créée en 1951 pendant la période coloniale, avec un effectif de 34 élèves dont 14 filles, l’école primaire de Kouria centre est la plus vieille école de la sous-préfecture de Kouria. L’école compte aujourd’hui 12 salles de classe pour un effectif de 814 élèves dont 377 filles, encadrés par douze (12) enseignants.

Ibrahima Hôre Saala BAH

+224 664 64 48 95

 

Que se passe-t-il à l'Université général Lansana Conté de Sonfonia? La remise des diplômes est devenu un casse-tête pour les étudiants sortants. Selon nos informations, les sortants de la 7ème promotion du système LMD, tous départements confondus, de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia attendent encore la remise de leurs diplômes.

Depuis plus de 5 mois, lesdits diplômes ne sont toujours pas disponibles. Une situation qui préoccupe les intéressés quis’apprêtent à affronter la dure réalité du marché de l’emploi.

Mamadou Saliou Barry, étudiant sortant de la faculté de Lettres-modernes: "on ne comprend pas les autorités de l’Université qui tardent à nous délivrer les diplômes depuis 5 mois. On n’a même pas d’interlocuteurs pour nous comprendre. Ce qui se passe, tout est concentré à la scolarité.

 Si non on a des bons chefs dans notre département qui communiquent en temps réel, quand ils ont des informations qui nous concernent. Nos amis de certaines Universités publiques et privées les ont reçus depuis longtemps.

Et, nous, nous attendons toujours. Nous voulons qu’ils nous disent clairement ce qui retarde nos diplômes parce que dans les différentes entreprises, on nous les exige pour pouvoir pratiquer un stage. On a trop attendu".

Plus loin, il dira: "la lenteur dans le service administratif de l’Université nous empêche de profiter de certaines occasions. Vraiment, nous appelons les autorités de l’Université à nous donner des explications rationnelles pour une suite favorable".

Selon certains étudiants, il y aurait même une stigmation de la part de leur famille. C'est le cas de Ibrahima Sory Diallo sortant du département de la Sociologie.

"Je suis meurtri, indigné face à cette situation parce qu’on a trop attendu. Actuellement, je fais l’objet d’une stigmatisation de la part de ma propre famille qui est impatiente de voir mon diplôme.

Je demande aux autorités de changer ce système. On finit les cours et on attend plus de 5 mois pour la remise. Ce n’est pas la première fois qu’ils retardent les diplômes. C’est devenu une coutume chez eux.  C’est désolant ce qui se passe", martèle-t-il.

L'horizon s'assombrit pour de nombreux élèves en situation d'examen. Depuis la publication des résultats du concours de recrutement des enseignants, les différents collèges et lycées du pays bouillonnent. D'ailleurs plusieurs dégâts matériels ont été enregistrés notamment à Conakry.

Du lycée Coléah en passant par celui de Bonfi et ceux de Kaloum, la situation ne semble pas améliorée. Le manque d'enseignants de "qualité" et le départ à mi-saison de certains enseignants contractuels est la principale cause de cette boulimie des élèves.

Si rien n'est pas, cette situation d'instabilité créée par les autorités de l'éducation et notamment le ministre Ibrahima Kourouma risque d'envoyer avec elle plusieurs responsables éducatifs. Des enfants en situation de classe d'examen ne sont pas contents de la gestion  de l'école guinéenne.

Il est temps que l'Etat prenne ses responsabilités en affectant des enseignants et pas n'importe lesquels pour assouvir  les appétits de ces jeunes gens. Cela passe nécessairement par la poursuite normale des cours dans les classes surtout celles des examens qui doivent se dérouler  dans quelques mois.

La Fédération des associations des parents d'élèves doit également doit, son tour, inviter non seulement les autorités à œuvrer pour la paix à l'école mais aussi aux parents d'élèves de sensibiliser leurs fils pour éviter des dégâts précédents les manifestations.

L'on se rappelle, la semaine dernière, des élèves de Kaloum sont sortis de leurs classes pour aller s'attaquer aux biens publics. C'est le cas du ministère de l'Enseignement pré-universitaire et la Direction communale de l'Education de Kaloum. Ces deux structures ont fait les frais de la furie des élèves.

Toute révolution commence par des petits mouvements dispersés. Si aujourd'hui le ministère en charge de l'enseignement pré-universitaire ne prend pas en compte les revendications au niveau, le président Alpha Condé, dans le souci de la paix, pourrait bien se débarrasser d'un coli devenu gênant.

Mamadi Touré

Près d’un an après sa prise de fonction à la tête du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Abdoulaye Yéro Baldé a animé ce mercredi un point de presse à Conakry. Il était question pour lui de livrer aux journalistes le « bilan » de ses activités pour l’année écoulée et faire part de son plan d’actions 2017.

A cette occasion, le Ministre Baldé et son cabinet ont souhaité renforcer la collaboration avec les médias surtout en vue d’éclairer les zones d’ombre qui pourraient exister sur certains points.

Dans sa communication, le Ministre en charge de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique a commencé par faire l’état des lieux de son département à sa prise de fonction. Abdoulaye Yéro Baldé a évoqué entre autres, le manque de cadre de gouvernance adéquat ; l’inexistence et la vétusté des infrastructures ; la gestion opaque des finances publiques ; le vieillissement du personnel, et le manque criard d’équipements et de laboratoires.

Puis,  il a abordé la question de la mise en œuvre de nouvelles réformes pour améliorer la qualité de l’enseignement supérieur. A cet effet, il a soutenu que « de nombreux efforts ont été consentis afin de doter les jeunes guinéens de formations en adéquation avec les réalités du marché de l’emploi » parmi lesquels on note :

•      Le recensement biométrique des étudiants ;

•      L’introduction des TIC dans l’Enseignement ;

•      La revalorisation des Enseignants et formation des formateurs ;

•      La restructuration de la formation en Médecine.

Plus loin, le Ministre Abdoulaye Yéro Baldé, a passé au peigne fin « les grands acquis de son département au cours de l’année 2016 ». A ce niveau, il mettra l’accent sur cinq axes :

1.    Gouvernance ;

2.    Infrastructures ;

3.    Apprentissage et formation ;

4.    Gestion et Modernisation de formation des femmes ;

5.    Partenariats et Accords.

Par la suite, le Ministre Abdoulaye Yéro Baldé a également fait le point sur les perspectives de son département pour 2017. Dans le domaine de la Gouvernance, par exemple, il sera question de la finalisation de la première phase de la biométrie et la bancarisation des bourses des étudiants ; de la mise en place de l’Autorité Nationale d’Assurance Qualité (ANAQ) ; et de l’organisation de la première édition du Forum de l’étudiant guinéen.

Dans le domaine des infrastructures, figure en bonne place la poursuite de l’étude pour l’extension des 4 universités ; et la finalisation des travaux d’infrastructures dans les Institutions d’Enseignement Supérieur (Labé et UGANC).

Toujours dans les perspectives, Abdoulaye Yéro Baldé est revenu sur la formation et l’apprentissage. Il a mis l’accent, entre autres, sur la transformation de la Faculté de Médecine en Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de la Santé ; la finalisation de l’étude sur la création de l’école d’excellence des mines ; l’introduction du programme d’entreprenariat ;  de la formation militaro-civil des jeunes diplômés, et surtout l’accompagnement de l’évènement Conakry Capitale Mondiale du Livre que notre pays abritera en 2017.

S’agissant du dernier point  de sa communication, relatif aux partenariats et accords, le Ministre compte s’appuyer sur la diversification des partenaires stratégiques dans les domaines de la Santé, de l’Informatique et des infrastructures.

Par ailleurs, le Ministre a martelé que « sans une éducation de qualité il n’y a pas de développement ». C’est pourquoi Abdoulaye Yéro Baldé, encourage comme il l'a toujours fait, les jeunes à aller chercher le savoir où qu'il se trouve. Le Gouvernement pour sa part, compte mettre à la disposition des plus méritants, des bourses d'excellence qui leur permettront de poursuivre leurs études dans les meilleures universités du monde. 

La CCG

 

Le continent africain se trouve confronté dans le domaine de l’éducation à deux dures réalités. Selon la Banque Mondiale, prés de la moitié de tous  les jeunes d’Afrique Subsaharienne âgés de 12 à 24 ans sont non scolarisés ou déscolarisés.

D’ici la prochaine décennie alors que cette cohorte composera l’essentiel de la population active, quarante autres millions de jeunes auront sans doute quitté l’école pour se retrouver en proie à un avenir précaire, sans travail et sans compétences pratiques.

En même temps l’ OIT estime que les diplômés de l’enseignement supérieur du continent sont deux à trois fois plus exposés au chômage que les jeunes n’ayant pas poursuivi leur scolarité au-delà du primaire. C’est ce paradoxe qui a été la problématique développée au cours de la troisième édition des Débats du Monde Afrique qui se sont tenus les 27 et 28 octobre dernier à Dakar.

Intitulé « le défi de la formation supérieure en Afrique de l’Ouest : informer, orienter, inspirer » le colloque a permis de mettre sans complaisance le doigt sur la plaie et a recommandé des actions urgentes, innovantes et responsables pour que « l’Afrique ait des formations aussi dynamiques que ses étudiants ».

Quel profil pour l’université en Afrique

A travers cette problématique, il s’agit de s’interroger sur la possibilité pour le continent d’inventer par et pour lui-même les formations supérieures, au lieu de les importer des pays développés. Il est clair que l’université doit avant tout dispenser des savoirs universels, par conséquent les connaissances fondamentales doivent être enseignées.

Toutefois les sciences sociales et économiques doivent revêtir des cachets spécifiques afin de se rapprocher et d’interpréter les réalités locales. Mais cette approche nécessite des investissements significatifs pour encourager le développement de la recherche et la publication des travaux des chercheurs.

 Hormis quelques universités sud-africaines, l’Afrique est loin de pouvoir fournir à ses élites universitaires le cadre propice à leur épanouissement. C’est l’une des raisons qui expliquent que les intellectuels de renom du continent se recrutent beaucoup plus dans les universités américaines ou françaises.

Les faibles capacités financières des Etats d’une part et la marginalisation réelle ou apparente des universités dans la conceptualisation et la formulation des politiques publiques d’autre part expliquent l’exil massif des cerveaux vers des cieux plus cléments.Or de plus en plus la compétition pour le savoir et une forme de la compétition économique.

Les universités françaises tentent de se regrouper pour accroitre leur attractivité internationale et améliorer par ce biais leur position au niveau du classement de Shanghai qui dresse chaque année le palmarès des meilleures universités du  monde. Les universités africaines sont à cet égard devant des choix décisifs pour l’avenir.

Afin de se hisser plus en avant, elles doivent mutualiser à la fois leurs ressources humaines et leurs expériences pédagogiques. Elles doivent surtout se réinventer en ayant une approche constructive et positive vis-à-vis des valeurs et connaissances empiriques traditionnelles notamment dans les domaines des sciences de la nature et de l’anthropologie afin de mettre en lumière des savoirs intra-africains.

Les unités de recherche doivent être par conséquent intégrées ou en réseaux pour bénéficier de plus importants moyens. L’université fonctionnant comme un îlot coupé de tout le reste, a vécu. Ici aussi, la globalisation et la mondialisation induisent nécessairement le regroupement et une intégration horizontale à travers les enseignements, les programmes, les recherches et les diplômes délivrés.  Il s’agit concrètement d’avoir une forme de panafricanisme des études. A l’image de l’Union Européenne, la CEDEAO pourrait encourager un Erasmus made in Africa qui permettra les échanges des étudiants d’un pays à un autre.

L’enseignement supérieur au service de l’économie

Le modèle universitaire hérité de la colonisation a du mal à s’adapter aux nouvelles réalités des pays africains. Conçu initialement comme instrument de fabrication d’une élite au service d’une administration coloniale et d’une économie de rente l’enseignement supérieur en Afrique francophone reste encore un pourvoyeur de ressources pour les administrations publiques des Etats.

Si ce rôle avait une certaine pertinence jusqu’au milieu des années 70, il n’en est plus le même après les politiques d’ajustements structurels du FMI et de la Banque Mondiale des années 80. L’Etat principal employeur cède désormais la place à une situation hybride qui reste encore confuse. Le nombre impressionnant des diplômés sans emplois qui avoisine les 2/3  est  un véritable cancer social qui déstructure l’ensemble des sociétés. Le Président Macky SALL du Sénégal s’en est fait l’écho en déclarant : «   Face à l’urgence des défis de développement de notre continent en pleine mutation démographique et sociologique, il nous faut réinventer le modèle de formation de notre jeunesse en le hissant à la hauteur des besoins de nos économies ».

Quelques réformes sont timidement introduites pour rapprocher les économies locales desformationsdispensées..Toutefois cette innovation devrait s’opérer dés l’enseignement secondaire en privilégiant l’acquisition par les jeunes, des métiers menant directement à la vie active.Ainsi il est urgent de redéfinir les priorités en développant les formations dispensant un savoir-faire pratique pour obtenir plus facilement un emploi.   

Les enseignements essentiellement académiques doivent être modulés de telle manière que l’étudiant puisse développer parallèlement d’autres compétences techniques pour s’adapter à un monde professionnel en perpétuel changement.

De fortes rigidités existent qui s’opposent de fait à cette mutation indispensable. Volonté politique défaillante ou ignorance des enjeux ou simplement immobilisme atavique ! La nécessité impose de prendre les taureaux par les cornes afin de réussir à inverser la tendance. Les formations doivent de ce fait être orientées avant tout pour satisfaire les besoins de l’économie. L’université dans ce contexte devra être accessible à tout moment pour permettre aux actifs de se ré imprégnerdes connaissances humaines qui évoluent rapidement.

L’enseignement supérieur privé est à cet égard plus proactif et plus innovant avec la création des écoles d’ingénieurs, de commerce, de management et des nouvelles technologies de l’information dans quelques capitales africaines.

La qualité et la rigueur doivent être les principes fondateurs de ces nouvelles institutions pour constituer des alternatives efficaces face aux déficits constatés cruellement au niveau de l’enseignement public. Au Sénégal, au Maroc et au Burkina quelques centres de formations s’illustrent positivement dans ce sens.

Le cas de la Guinée

Tandis qu’en Guinée, une clarification s’impose pour séparer les vocations commerciales et universitaires d’une part et apporter une réelle valeur ajoutée pédagogique dans l’enseignement dispensé d’autre part. A cet égard il est légitime de s’interroger sur les logiques financières de ces institutions où le coût de l’inscription de l’étudiant boursier de l’Etat est en moyenne de 4 millions de GNF. Or le coût est quatre fois moindre au niveau de l’université publique.

La justification de cette anomalie trouve un début d’explication dans le rapport intitulé Document de politique et de stratégie du développement de l’enseignement supérieur 2014-2020.Il y est indiqué ce qui suit : « la suppression du concours d’accès à l’enseignement supérieur survenu en 2006 a provoqué un afflux disproportionné et non maîtrisé d’étudiants dans l’enseignement supérieur au détriment de la qualité ».  Ces lignes nous interpellent triplement :

Pourquoi avoir libéralisé l’accès au supérieur sans au préalable avoir fait les investissements en infrastructures pour accueillir ce flot continu d’étudiants.

Comment expliquer qu’une politique conjoncturelle d’envoi des boursiers de l’Etat vers le privé se transforme en une pratique permanente au risque de tuer dans l’œuf l’enseignement public. 

Que faire avec 198000 étudiants en 2020 avec un taux d’accroissement annuel des effectifs des étudiants de 10% ! Alors il faudra créer au moins quatre véritables universités dans le paysen moins de quatre années pour les accueillir.Il ne faudrait pas non plus perdre de vue la nécessité d’avoir d’ici là un corps professoral suffisant et compétent.

L’avenir du système éducatif guinéen est sombre dans un contexte de rareté des financements, un taux moyen de croissance atone, une pression démographique constante de 3,1% et un niveau d’inflation élevé. Déjà la part du PIB alloué à l’éducation avoisine à peine les 3,5% alors que l’UNESCO préconise un taux moyen de 5%.

Ces déficits structurels doivent être corrigés le plus urgemment possible pour éviter l’implosion. L’attitude qui consiste à appliquer la politique de l’autruche en arguant «  les étudiants ont un niveau faibles parce qu’ils sont nombreux » n’est pas acceptable pour deux raisons :

  • La mise en place de barrages par le biais des concours d’accès est contreproductive car elle ne fera qu’appliquer un darwinisme social où le vrai déterminant sera les conditions sociales des parents des étudiants où les pauvres risquent d’être fortement pénalisés.
  • La mission de l’éducation publique est à la fois d’assurer l’égalité des chances de tous ses enfants d’une part et de former les forces productives dont l’économie a besoin. De ce fait nul ne doit être laissé au bord de la route car le vrai capital est avant tout humain.

Existe t-il des alternatives face à la gravité et la profondeur des dérives du système éducatif dans l’ouest-africain et plus particulièrement dans notre pays !

La valorisation des filières professionnelles est un impératif

L’enseignement et la formation techniques et professionnels malgré leurs sous-financements constituent des solutions pour pourvoir des compétences à des économies qui nécessitent des niveaux de technicité élevée. Ce secteur reçoit à peine 2% du budget alloué à l’éducation nationale dans la plus part des pays africains, 4,6% au Sénégal, 7% en Tunisie, contre 16,6% en France et plus de 20% dans certains pays asiatiques.

Cet enseignement devrait être entamé dés le secondaire à travers des lycées techniques professionnels pour éviter les désertions de l’école. La valorisation de ce type d’enseignement est urgente afin de donner à des jeunes de plus en plus nombreux un savoir faire pour les préparer plus efficacement à la vie active.

Aucun jeune ne devrait sortir du cursus scolaire sans avoir acquis des domaines de compétences pouvant lui permettre de s’insérer dans la vie professionnelle. L’absence ou le manque de centres de formations expliquent en partie le désir de beaucoup de jeunes africains  de quitter leur pays pour l’Europe afin d’y acquérir des formations débouchant sur l’acquisition de métiers.

L’utilisation et le développement du numérique sont urgents

La révolution industrielle des XVIII et XIX siècles a dessiné les contours des pays riches et des pays pauvres tout au longdu XX siècle. La révolution numérique qui commence offre de grandes opportunités pour remédier aux grands handicaps du passé. Aussi l’utilisation du numérique est rendue indispensable pour plusieurs raisons :

  • Internet est la plus grande bibliothèque que le monde a conçue. Son accessibilité et sa relative gratuité en ont fait le vecteur des savoirs et des informations au service du genre humain. Son exploitation de manière efficiente et responsable recommande toutefois une démarche pédagogique innovante.
  • Les MOOC(massive open online course)sont des formations en ligne ouvertes à tous. Les technologies de l’information et de la communication sont intégrées dans les programmes pédagogiques pour démocratiser l’accès aux savoirs. Ces formations en ligne permettent au plus grand nombre de bénéficier via le web des cours de grande qualité.

Par ce biais il est possible de désengorger les amphithéâtres car l’étudiant pourra apprendre de son domicile et faire des exercices. Cette nouvelle piste est pertinente pour assurer un apprentissage de qualité en révolutionnant ainsi l’enseignement.

  • Le campus numérique de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) propose un accès par internet à des ressources et des cours en ligne aux étudiants de prés de 800 universités francophones. C’est un moyen à la fois pour combler la fracture numérique et aussi de mutualiser les meilleurs enseignements.

 

Le monde est en perpétuelle mutation et les changements sont de plus en plus rapides. Les formations deviennent rapidement obsolètes et le recyclage des formateurs s’avère nécessaire. Internet est devenu un formidable outil qu’il faut savoir intégrer dans l’éducation pour répondre efficacement aux défis et aux exigences de notre temps.

Quid des langues africaines, vectrices de savoirs techniques

L’écrasante majorité de la population africaine est non scolarisée ou déscolarisée et elle est essentiellement jeune avec moins de 25 ans. Cette réalité démographique et sociale interpelle sur la nécessité de disposer d’ici 2050 d’une classe moyenne émergente, forméeet d’une grande productivité.

L’utilisation des langues nationales devient, alors une approche pragmatique pour permettre à des centaines de millions de personnes d’asseoir  leurs connaissances et leurs savoir-faire à travers leurs langues vernaculaires. Les centres d’apprentissages des techniques et de formations professionnelles seront plus attractifs et plus efficaces en permettant de récupérer des générations abandonnées en les formant et en les instruisant dans leurs langues.

C’est un challenge pour la réduction de la pauvreté et pour la construction pour les prochaines décennies d’Etats stables et économiquement prospères avec des sociétés humaines ouvertes et tournées vers la modernité.

Le sursaut est urgent

Informer, Orienter, Inspirer ont été les vœux des organisateurs du colloque « le défi de la formation supérieure en Afrique de l’Ouest ». Le débat ne fait que commencer alors que la réalité nous exige d’agir maintenant. Investir dans l’éducation est à la fois un devoir moral et une responsabilité pour construire l’avenir des jeunes générations. Nous avons accumulé un important retard dans ce sens. Il est grand temps d’avoir le sursaut salvateur, car des dizaines de millions de vies sont en jeu.

Merci au journal Le Monde  et aux autorités sénégalaises pour ces débatsopportuns et utiles.

 

   28/11/2016

 

 

BAH OURY

Ancien ministre

1er Vice-Président de l’UFDG

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