Guinée : l’UFDG appelle à la mise en place d’une commission internationale pour enquêter sur les 94 assassinats commis

Politique

Dans une déclaration publiée dimanche à Conakry, le principal parti de l’opposition a demandé l’ouverture d’une enquête internationale pour situer les responsabilités sur les assassinats commis en Guinée. « La grande vague d’indignation et de colère suscitée par l’inhumanité des auteurs de ces crimes s’est fait ressentir tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, et a réveillé la conscience du pouvoir sur la gravité de la situation », peut-on lire dans cette déclaration.

DÉCLARATION

La Guinée est en désordre. Désordre social comme l’attestent les remous sur le front syndical qui sont encore loin de leur épilogue. Désordre économique et financier avec un budget qui échappe à tout contrôle et une inflation galopante, sources de paupérisation de la population. Désordre sécuritaire avec comme marqueur le kidnapping d’opérateurs économiques, forme jusqu’ici inconnue de banditisme dans notre pays.  Désordre institutionnel qu’illustrent l’état calamiteux dans lequel se trouve la plus haute des institutions judiciaires, la Cour constitutionnelle et l’absence criarde de contre-pouvoirs. Désordre politique provoqué par le non-respect des lois de la République érigé en mode de gouvernance et entretenu à dessein par le régime d’Alpha Condé.

Le désordre généralisé a atteint un point culminant avec les photos insoutenables des dernières victimes du régime tuées froidement et à bout portant alors qu’elles exerçaient leur droit constitutionnel de manifester.  La grande vague d’indignation et de colère suscitée par l’inhumanité des auteurs de ces crimes s’est fait ressentir tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, et a réveillé la conscience du pouvoir sur la gravité de la situation. Acculé de toutes parts, que peut-il faire pour éviter que la conjonction des désordres ainsi enregistrés ne soit fatale à son régime? C’est pour répondre à cette interrogation tragique que les stratèges aux petits pieds du RPG-Arc-En-Ciel ont écrit un scénario de diversion dont le premier acte a été présenté au public par le metteur en scène de service. 

Le procureur du tribunal de Dixinn a ainsi tenu une conférence de presse le jeudi 14 Mars 2018 au cours de laquelle il a présenté M. Boubacar Diallo dit Grenade qui serait en détention pour tentative de meurtre, possession illégale d’arme de guerre et port illégal d’uniforme militaire. Les insinuations lourdes de conséquences et les images qui ont été montrées ne tentent pas seulement à exposer la prétendue culpabilité de l’inculpé.

En cherchant à confondre Boubacar Diallo, elles veulent, en fait, incriminer sournoisement l’UFDG et ses cadres dans l’assassinat de leurs propres militants. Ce grotesque montage de type stalinien a pu prospérer à une époque donnée, mais celle-ci est désormais révolue.  Aujourd’hui seuls les hommes du passé peuvent y recourir. En ce qui concerne l’UFDG, elle considère les propos qui l’ont indexé comme ignobles et méprisables.

L’UFDG tient à préciser que jusqu’à preuve du contraire, Boubacar Diallo alias « Grenade » est militant du parti. Tout comme la multitude de militants et sympathisants du Parti, il a dû participer à de nombreux évènements et pris des photos avec des personnalités et responsables de l’UFDG. Ce jeune homme de 24 ans non encore révolus puisqu’il est né en 1994, est-il le bandit de grands chemins détenant un arsenal d’armes de guerre et instrumentalisé par l’UFDG comme a voulu l’accroire à l’opinion le procureur ? Mais qui n’a pas remarqué la mine contrainte de Boubacar Diallo tenant une arme de guerre sur une des photos, avec en toile de fonds, le logo de la gendarmerie qui semble avoir résisté au gommage ?  Cette justice bridée a-t-elle encore du crédit lorsqu’elle insinue que pour une personnalité politique, poser aux côtés d’un citoyen, fut-il militant, est suffisant pour l’associer à ses actes ?

L’UFDG tient aussi à rappeler fortement que depuis le meurtre de la première victime Diakariaou Diallo le 03 avril 2011, elle n’a cessé d’interpeller et d’exiger des autorités guinéennes, toute la lumière sur ces assassinats ciblés de nos concitoyens tués lors des manifestations. Elle en a fait, au demeurant, une de ses principales revendications lors des dialogues politiques.  Mais le gouvernement n’a-t-il jamais voulu mener des enquêtes sérieuses pour identifier les vrais criminels ? Les images de gendarmes et autres éléments des forces de l’ordre en train de commettre leurs exactions qui circulent sur les réseaux sociaux n’indiquent-elles pas d’où proviennent les criminels et à qui leurs forfaitures profitent ?

Alpha Condé doit enfin prendre la mesure de ses obligations d’homme d’État, et de la nécessité de se distancier de calculs politiciens. Après tous les assassinats qui ont jalonné sa gouvernance, sans qu’il n’ait jamais montré la moindre compassion pour les familles éplorées, sans qu’aucune enquête n’ait été diligentée, cette sortie théâtrale d’un procureur de la République, considérée comme grotesque et ridicule de l’aveu même des hommes de droit, est-elle digne d’un État ?

Face à l’inertie et à l’amnésie totale  du pouvoir actuel devant la persistance des assassinats qui visent à chaque manifestation ses militants, l’UFDG appelle à la mise en place d’une commission internationale pour enquêter sur les quatre-vingt-quatorze (94) assassinats commis lors des marches pacifiques qui ont eu lieu depuis 2011 en vue de démasquer les commanditaires de ces massacres et d’y mettre fin. La paix sociale est à ce prix. En tout état de cause, l’UFDG encouragera les parents des victimes à  saisir la Cour de Justice de la CEDEAO et d’autres juridictions régionales et internationales afin d’y engager la responsabilité de l’État guinéen et le contraindre à assumer ses engagements nationaux et internationaux.

Aucune intimidation d’où qu’elle vienne n’altérera la détermination de l’UFDG à défendre ses droits et les valeurs de la république. C’est pourquoi elle appelle ses militants et sympathisants à rester déterminés et mobilisés pour défendre l’État de droit et la démocratie dans notre pays.

La Direction Nationale

 

Conakry, le 18 Mars 2018

 

La Direction Nationale

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