"La situation actuelle de notre pays est désolante", s'indigne le député de l'UFDG

Inteview

Ben Youssouf Kéita est un député de l'Union des forces démocratiques de Guinée -UFDG-. Il est membre de la Commission Santé et Education à l'assemblée nationale. Cette semaine, il a accordé une interview à votre site Lejourguinee.com. Avec l'honorable Kéita, nous avons évoqué son parcours, l'assemblée nationale, la situation sociopolitique du pays, etc. Interview

Vous êtes député à l’Assemblée nationale, dites- nous vous êtes né où ?

Je suis né à l’orée de l’indépendance à Kouroussa, en Haute Guinée.

Comment avez- vous débuté votre carrière professionnelle ?

Ma carrière professionnelle a débuté, après mes études universitaires et post universitaires en médicine. Je suis diplômé de la faculté de médecine de la Havan Cuba, spécialisé en chirurgie digestive.  Je suis en même médecin des hôpitaux de Paris.

Donc, après mes études, j’ai servi comme chirurgien chef à l’hôpital régional de Mamou à l’époque. C’était au temps de Sékou TOURE. Et pendant 5 ans à Aredor, la société diamantifère mixte anglo-guinéenne. Où j’ai gravi tous les échelons, chirurgien chef et entre temps je suis devenu secrétaire syndical, des 1 500 travailleurs.

Et J’ai débuté ma carrière sur le plan de l’investissement auprès des personnes vulnérables. Et de là, j’ai continué en France. Politiquement, j’ai décidé d’arrêter en France et de revenir au pays.

Et celui que j’avais choisi comme model de leader, c’est Elhadj Cellou Dalein Diallo. Toujours comme médecin, je travaille dans les hôpitaux privés, dans les cliniques privées. Notamment à l’hôpital Flamboyant. Je suis partagé donc entre les consultations et des interventions chirurgicales pendant mes périodes de repos parlementaires et l’Assemblée nationale pendant les sessions parlementaires.

Pourquoi avez-vous choisi de rentrer en Guinée alors que vous travailliez en France?

C’est une conviction marquée par la vision et l’ambition pour mon pays. Un patriote, ce n’est pas les expatrié qui vont développer votre pays pour vous, l’ex-président des Etats-Unis, Georges Kennedy, je veux dire, a dit quand il a été élu président, ne vous demandez pas ce que les Etats-Unis doivent faire pour vous. Mais il faut vous poser la question qu’est-ce que vous vous allez faire pour les Etats-Unis. Et j’en ai fait la mienne.

Qu’est -ce que mon pays doit faire pour moi. Il en a déjà fait. J’ai bénéficié du soutien de l’Etat du début jusqu’à la fin de mes études pendant le régime de Sékou Touré. Alors mes parents n’ont pratiquement rien déboursé. J’ai eu mon bac en 1973, j’ai été lauréat j’ai eu une mention.

Tout a été pris en charge par mon pays. Et après avoir bénéficié de tant de largesse de mon pays qui m’a vu naitre, qu’est- ce que moi je peux faire pour la Guinée. Je me suis dit, il serait mieux pour moi de rentrer au pays apporter ma contribution à l'édifice de la nation.

Maintenant sur autre plan plus large, influençant la politique sanitaire de mon pays. Sur le plan politique, c’est cela qui pourrait me donner une aura plus large. Et au lieu que cela soit un impact local, ma contribution aura un impact national en m’investissant en politique. Il ne faut pas que tous les cadres, tous les bons cadres, comme y en a assez, restent à l’étranger. Si nous restons tous à l’étranger, qui va développer le pays, qui va aider le pays, qui va apporter son expertise, qui va impulser la croissance dans tous les sens.

Ce sont ceux qui ont bénéficié de cette expertise internationale, qui peuvent venir donner un sang vif et neuf. Voilà donc, la raison pour laquelle, j’ai abandonné tout et je suis venu. Aujourd’hui, Dieu merci, je suis député et membre de la commission santé et sécurité, où je peux vraiment apporter pour améliorer le système sanitaire guinéen.

Est-ce que vous le ferez autant pour vos enfants, pour les faire venir servir le pays ?

J’ai dit à mes enfants, qu’après leurs études, par ce que j’ai exigé d’eux, d’étudier au maximum possible afin d’avoir beaucoup de diplômes, de ne pas se presser. Autant ils peuvent accumuler de diplômes, autant ils peuvent accumuler d’expériences, de connaissances.

Autant cela est bon pour eux, et pour mon pays. Je leur ai tous dit, surtout les garçons, par ce que les filles ça dépend de leur mari, ami autant qu’ils sont, de revenir servir la Guinée. Ils trouveront toujours leur place et leur salaire ne sera pas misérable. Ils n’auront pas un salaire comme la France ou la suisse où ils sont. Mais, ils auront un salaire qui les permettra de vivre dignement. Et ce qu’ils apporteront à la Guinée sera extraordinaire. Ils sont convaincus et ils vont tous revenir.

Quelle image avez-vous aujourd’hui de l’assemblée nationale dont vous faites partie ?

C’est la première fois en Guinée ou en          Afrique même qu’une assemblée nationale présente un tel visage. Cette assemblée nationale a effectivement 113 députés. Nous de l’UFDG, nous sommes 37. Ce qui est une première. Sans oublier que la mouvance présidentielle n’a pas la majorité, parce que vous avez l’alliance républicaine qui se réclame de l’opposition.

Mais si on prend l’opposition pure et dure, nous sommes 37. Ça, c’est extraordinaire. Cela donne un vrai visage à notre assemblée, un véritable débat démocratique, et c’est dans la contradiction. C’est dans la discussion que jaillisse la vérité. Comme c’est la démocratie, elle peut paraitre au grand jour, tout comme ça peut ne pas être.

Et comme, c’est la majorité simple qui est requise par la mouvance, elle peut faire voter les lois simples, mais pas les lois organiques où il faut les 2/3. Parce que nous avons une minorité absolue. Et cela fait en sorte, il y a toujours des débats très houleux à l’assemblée. Il y a des débats très intéressants. On en vient même aux coups de points, aux injures. C’est cela qui montre la vitalité de la démocratie.

Je me félicite de cela aujourd’hui très sincèrement, en tant qu’intellectuel, en tant qu’homme expérimenté. Parce que c’est la première fois  cela se passe ainsi. Sinon, nous avons vu ici des assemblées monocolores. 

Depuis l’indépendance, on sait ce qui s’est passé. Les 95 pourcent sont de la majorité. Le temps du PDG, c’était le parti unique. Après Lansana conté est venu. Là, aussi, il y avait   quand même quelques opposants,

Comme le Chef de l’état actuel, comme Bah Mamadou lesquels, nous avons hérité l’UFDG,  les Siradjo, Jean marie Doré pour ne citer que ceux-ci qui étaient et qui siégeaient au compte de l’opposition. Mais le nombre était très réduit et le parti au pouvoir avait la majorité écrasante, une majorité absolue, plus même que la majorité absolue, par ce qu’il avait les ¾ des députés. Donc, c’est la première fois qu’on ait une assemblée, comme celle qu’on a aujourd’hui.

Quelle perception avez-vous de la situation sociopolitique actuelle de notre pays ?

Je suis d’abord au regret de constater qu’à l’orée encore du 21e siècle que des Guinéens tombent sous les balles des forces de l'ordre  qui sont supposées les protéger pour des raisons purement politiques. Et en plus pour des raisons sociales.

Vous avez vu tout récemment deux jeunes à l’âge de la fleur qui sont tombés sous les balles, tirées à bout portant, à balles réelles, qui ont  leur corps à l'hôpital Donka. C'était à l'occasion de la manifestation du 20 septembre 2017.

Il y a encore des blessés par balles qui sont hospitalisés.  Ça c’est politique et sur le plan social, vous avez vu à Boké où on réclame courant et l’eau des jeunes ont été tués, à Kamsar également, ils n’ont même pas une semaine encore. Ces morts nous interpellent, alors je puis vous dire que la situation actuelle de notre pays est désolante.

Alors est-ce qu’il n’est pas temps pour l’opposition de trouver une autre stratégie, sans sortir dans la rue pour manifester ?

C’est l’unique moyen que nous avons. C’est ce que la démocratie nous confère. La constitution en son article 10 stipule que pour avoir des idées contraires, des opinions contraires, pour être opposé à la gouvernance de l’heure, l’opposition peut descendre dans les rues. Après avoir informé les autorités, c’est ce que la loi nous confère et elle nous ne confère pas autre chose. Elle nous interdit aussi de recourir aux armes, ce sera une insurrection, (...)

Si on n’est pas d’accord avec la gouvernance, il nous ait autorisé de manifester pacifiquement. Ce que cela a comme impact, c’est attirer l’attention nationale et internationale et ouvrir les yeux des dirigeants peut être qui ne sont pas informés. Et si les vendeurs d’illusion ne disent pas la vérité au président, la ville est paralysée, il aura les yeux ouverts. Et après, il prendra les dispositions qu’il faille. Et voilà, c’est pourquoi nous allons manifester tant que les revendications et surtout les conclusions du dialogue ne sont pas appliquées.

Quelle stratégie préconisez-vous pour bien préparer les élections locales ?

C’est un secret de polichinelle. Je ne cacherai pas notre stratégie. Elle est très simple. Notre stratégie se base sur l’état d'exaspération de la population actuelle: pas d’eau, une vie difficile, à peine le panier de la ménagère atteint trois fois dans la journée, la santé qui bat de l’aile, l’éducation traine les pas.

Sur 95 pourcent des Guinéens, on lit sur leur vissage le désespoir, la hantise, et voter pour nous, c’est nous la solution. Et c’est sur ça que nous allons battre campagne, faire le porte-à-porte. C’est la bouche, pour leur dire donnez-nous beaucoup de maires, donnez-nous beaucoup de chefs de quartiers, donnez-nous la majorité à l’assemblée. C’est cela notre stratégie.

Nous ne sommes pas l’état qui distribue l’argent. Vous avez vu le président qui distribue l’argent, ça circule sur tous les réseaux sociaux. Et vous avez vu, c’est cet argent qui devrait servir la construction des routes qui a été distribué lors de la campagne électorale de 2015. Et cet argent aussi qui a servi pour faire la campagne du président, tout cela c’est la corruption. Nous, de l’opposition, c’est ce que nous dénonçons. Nous n’avons pas d’argent et même si nous en avions, nous allons investir dans le développement.

Est-ce qu'on vous avez été interpellé par rapport à la signature de l’accord cadre portant sur 20 milliards USD ente l’Etat guinéen et la Chine?

En tant que Guinéen d’abord, c’est une très bonne nouvelle dans mes oreilles, et en tant que patriote, j’applaudis des deux mains, tout en souhaitant que ça ne soit pas un vœu pieux, tout en espérant que cela devienne une réalité. Maintenant  en tant que député, nanti de la confiance du peuple, avec pour mission de le représenter, de le défendre, de contrôler l’action gouvernementale et de voter les lois, j’attends maintenant de rentrer en possession du document, d’étudier, de voir les pour et les contre,  de voir les contrats, de déchiffrer, et de savoir quels sont les avantages, quels sont les inconvénients, quelles sont les mines qui vont être données, en quelle quantité et en quelle qualité, pour me prononcer de manière officielle.

Parce que j’aurai le mandat de voter pour ou contre. En ce temps, j’aurai bien lu entre les lignes en tant qu’intellectuel. Après avoir compris tous les détails, mais pour le moment, c’est une bonne nouvelle. C’est comme si on met le miel dans les oreilles, et je souhaite que ce miel vienne sur ma langue. Et ça viendra sur ma langue seulement quand je verrai, j’aurai compris que c’est un bon contrat pour la Guinée pas seulement pour nous mais pour les générations futures.

Vous faites partie de la commission santé et éducation à l’assemblée nationale. Quelle lecture faites-vous du système sanitaire guinéen ?

Comme l'a dit le président, il est malade ce système, comme le système éducatif. Aujourd’hui, il y a  un seul hôpital qui répond aux normes internationales. C’est l’hôpital international sino-guinéen de kipé. Comme vous savez, il n’est pas à la portée de tous les Guinéens parce qu’il faut débourser beaucoup d'argent pour avoir un simple carnet de consultation. En dehors de cela, il y a l’hôpital centre hospitalo- universitaire de Donka, et le Centre hospitalo-universitaire de Ignace Deen.

Mais vous avez vu à Ignace Deen, il n’y a même pas de radio numérique. Vous avez 7 hôpitauxrégionaux : Boké, Kindia, Mamou, Labé, Kankan ; N'Zérékoré. Ils ne sont pas dans les normes. Il y a 26 hôpitaux préfectoraux et 304 centres de santé. Cela veut dire sur toute l’étendue du territoire national, nous avons des structures sanitaires, mais toutes ces structures sanitaires sont rétrogradées. Ils ne sont pas aux normes internationales, il n’y a pas d’équipement de pointe, ils sont vétustes. A peine certains hôpitaux ont une radio, ou échographie, il n’y a pas d’eau, ni courant.

Je vous ai dit même à Ignace Deen, il n’ya pas de radio numérique. Et nous avons des cliniques privées et quand je prends par exemple Ambroise paré, nous avons d’autres cliniques, ce n’est pas les infrastructures qui manquent, mais nous n’avons pas la qualité. Ces centres de santé existent.  Ça, c’est sur le plan infrastructurel. Mais ils sont mal équipés, ils sont mal entretenus.

Cependant sur le plan personnel, nous avons la quantité.  Parce que sur 12 millions de Guinéens, nous avons 1 500 médecins. C’est largement suffisant. La quantité est là mais il n'y a peu de spécialistes. Les infirmiers et ATS, nous avons 4 500. Normalement, nous avons besoin d’un infirmier pour 4 000 habitants. Donc, il y a la quantité à ce niveau aussi. Très peu qui est très bien formé. Il y a très peu parmi eux qui ne peuvent même pas manipuler les machines. Et les 80 pourcent de ces médecins sont dans les zones urbaines, et les 60 pourcents aussi sont à Conakry, alors que Conakry ne vaut que 15 pourcent de la population guinéenne.70 pourcent de la population est rurale. Seulement 30 pourcent est urbaine. 

Donc, du coup, le plus grand nombre de ces médecins s’occupent que de la petite partie de la population. C’est pourquoi la pyramide est renversée. Et avec ça, le système sanitaire ne va aller nulle part. Pour remédier à cela, il faut non seulement renverser cette situation, il faut que beaucoup de médecins partent à l’intérieur du pays pour que les populations reçoivent le bon soin. Il faut équiper les hôpitaux, ou il faut les reconstruire.

Dans les régions, il faut de grands hôpitaux, à l’image de Ignace Deen et Donka qu’on est en train de rénover. Si on ne peut pas le faire dans toutes les régions, mais on peut le faire dans les 4 régions naturelles. Il faut qu’on ait des plateaux techniques, qu’on est le courant, qu’on est l’eau et avoir des spécialistes partout et de tout genre qui vont à l’intérieur. Si cela est fait, on peut changer le système sanitaire, en encourageant bien sûr  le traitement pour ces médecins.

Mais si un médecin quitte la maison sans donner la dépense, son enfant pleure, sa femme a réclamé un pagne qu’il n’a pas pu l'acheter, son enfant n’est pas allé à l’école, évidemment, c’est la population qui va en pâtir, c’est le médecin qui va soigner à moitié. J’insiste là-dessus, il faut bien payer les médecins le minimum, ce n’est rien cela. Mais vous ne pouvez pas payer un médecin spécialiste à 2 500 000 GNF  alors que le loyer fait un million et son carburant fait un million. Il lui reste 500 mille. Comment peut-il faire bon travail? Il faut qu’ils soient bien payés et au minimum 10 millions GNF  et on peut le faire.

Est-ce qu’aujourd’hui vous avez l’espoir pour une bonne politique sanitaire en Guinée?

Mon espoir repose sur la bravoure, sur la dignité, sur le patriotisme  et sur le caractère pionnier du Guinéen, sur son courage de l’innovation. Le peuple de Guinée a donné l’exemple, en 1958. Nous avons été les premiers à dire non aux colons blancs et 2 ans après, les autres pays ont suivi.  En 1960, nous avons créé notre propre monnaie. Nous avons été le seul pays qui a pu repousser la rebellions en 2000 et comme l’agression de 1970, le peuple s’est levé. Vous avez le 28 septembre 2009. Le même peuple s’est aussi levé. Et si, ce régime aussi continue à montrer ses limites, le peuple risque de se lever pour exprimer son-ras-le-bol. Il ya déjà des grondements, il risque d’avoir un changement, je ne souhaite pas, mais un changement violent. Pour cela, nous souhaitons que la démocratie s’installe, les élections communales et communautaires se tiennent pour le bonheur du peuple de Guinée.

Propos recueillis par Assimainou DIALLO

Don't have an account yet? Register Now!

Sign in to your account