Récurrence des violences et vindicte populaire en Guinée: un sociologue incrimine l’Etat, la famille et l’école

Société

Il s’agit de Sékou Oumar Magassouba, sociologue. Il est revenu sur les récurrents cas de violences populaires qu’enregistre le pays. Le médecin social a  déploré l'ampleur et le rythme  effroyable tant dans la capitale qu’à l’intérieur du pays que cette problématique a pris.

Interrogé sur ce qui serait à la base de ces cas de violences populaires, M. Magassouba ne tergiverse pas : "on peut mettre un accent particulier sur l’argument de mensonge. Vous savez, nous sommes dans une société où les gens croient trop aux rumeurs, aux jugements de valeurs et des affirmations gratuites".

Pour lui, ce sont entre autres des choses qui peuvent amener certaines personnes à se retrouver dans une situation sans chercher à savoir quelles sont les raisons fondamentales.

Ce ne sont pas que les seules raisons. Il point un doigt accusateur  au "regain de l’impunité". " Notre société devient trop accro à l’impunité. Les actes de violences quand ils se produisent, ceux qui sont arrêtés ne sont pas jugés et même ceux qui sont jugés et parfois condamnés, ce sont des sages et autres qu’on réunit pour venir plaider le pouvoir exécutif dans le but de les relâcher".

" Par conséquent,  les observateurs se rendent compte que ceux qui ont été condamnés,  n’ont pas purgé leur peine". Magassouba a ajouté que ce manquement relève de la responsabilité de l’Etat, car, "il est de la responsabilité régalienne de l’Etat de préserver l’espace public, par des moyens légaux".

Ces mouvements-là, a-t-il ajouté, ne sont pas des mouvements spontanés. "Ce sont des rumeurs qui sont distillées quelques jours avant ou quelques heures avant. Donc à partir du moment où les premières informations tombent dans la main de l’Etat, il devrait aussi prendre quelques mesures pour éviter que les conséquences ne s’imposent" à la société, martèle le sociologue.

Pour lui, bien que l’Etat doit jouer un grand rôle pour rétablir la quiétude sociale dans la cité,  la responsabilité de ces violences reste partagée tout de même.

"A côté de l’Etat, il y a des institutions d’ordre de socialisation telle que la famille qui a également un rôle à ne pas sous estimé parce que ceux qui agissent appartiennent à des autorités familiales. Il y a aussi l’école qui joue également un grand rôle. A côté de l’école, on peut également faire allusion aux médias, les organisations de la société civile donc c’est un chantier très immense en matière de responsabilité", souligne le sociologue.

Que faut-il faire pour éviter la violence en Guinée

"Si nous continuons sur cette allure, a-t-il dit, la conséquence en est que les gens vont épouser les actes de violences et finalement la société va se retrouver dans une situation très difficile". "Pour éviter cela, il faudrait que l’Etat lui-même assume sa responsabilité, en se disant que l’ordre public reste le principal sujet d’intervention de l’Etat. Cet ordre public, doit être caractérisé par la paix, et la quiétude à tout prix". Ainsi, poursuit-il, les agents de force de sécurité doivent être mieux préparés pour prendre des mesures, afin que ce genre de situations ne se reproduisent pas.

Sur la même lancée, M. Magassouba indique qu’il faudrait également que les responsables des familles, les leaders religieux, les leaders politiques… soient conviés à une grande rencontre.

"On peut organiser un forum national par exemple, pour nous convenir sur une stratégie, qui puisse être considérée comme étant la feuille de route pour tous les intervenants. A côté desquels, il y a les organisations de la société civile, qui sont l’intersection entre l’Etat et la population d’une part et d’autre part entre les citoyens et la société civile dans son rôle de sensibilisation, et d’éducation", suggère-t-il.  

Enfin, Sékou Oumar Magassouba a souligné  que l’impunité est le goulot d’étranglement à cette problématique de violence dans laquelle la Guinée est plongée.

"Un Etat ne pourra jamais préserver l’intérêt public sans un esprit de justice. Et la justice suppose l’application de la loi à tous les niveaux, surtout ceux qui transgressent les normes de notre société", a-t-il conclu.

In Le Démocrate

         

Don't have an account yet? Register Now!

Sign in to your account